ACTE H, SCÈNE VII. 2i
GASTON
Comment?
ALTÉMORE.
Bayard ici se vendoit à Rovère.
Vous punirez un traître, autant qu'un téméraire.
GASTON
Bayard un traître? lui? vous l'osez soupçonner?... • Vous u'étes point Français, on peut vous pardonner.
ALTÉMORE.
Cependant...
GASTON, l'interrompant.
Croyez-moi, l'oubli de cette injure Est de mon amitié la marque la plus sûre.
(à part.) -Mais quoi! je combattrois ce héros vertueux? .le sens trop qu'en secret l'espoir présomptueux Me dit qu'heureux vainqueur d'un mortel invincible Gaston ne verroit plus de triomphe impossible; Que la France, l'Europe et l'univers entier De leurs {juerriers en moi vanteroient le premier... Chassons d'un tel désir l'orgueilleuse infamie : J'entends gémir plus haut l'amitié, la patrie.
(à Avogore , en tnontrant son épée.) Hélas! j'aime Bayard; et ce fer destructeur Au travers de ses flancs va rechercher son cœur! Ce cœur, de l'honneur pur asile vénérable. De toutes les vertus trésor inépuisable!
( à part. ) O (;uerrier citoyen qui fis tout pour ton roi , •lusqu'à t'abaisser même à le servir sous moi!
Va, mourant par tes coups je t'aimerois encore.
{avec colère.) Honneur, cruel honneur! je te sers et t'abhorre. Et vous, lauriers affreux dont il faut me couvrir, Même en vous détestant, je vole vous cueillir.
(à Altémore. ) Vous, allez à Bayard reporter ma réponse. { retenant Altémore, qui allait sortir; à Avogare et
Altémore. ) Mais il est un obstacle, amis, et tout l'annonce. Si l'armée appi'enoit ce dangereux hasard , Tous les cœurs entre nous formeroient un rempart Seuls maîtres du secret, gardez de le répandre.
(à Altémore seul.) Que Bayard, daus une heure, ici vienne se rendre L'épée est ma seule arme, et plaît à sa valeur. Contre Sotomaïore il fut ainsi vainqueur.
(à Auogare et à Alterne ensemble. ) Éloignons tout Français. Avogare, Altémore, Vous serez nos témoins.
^ AVOGARE.
Moi?
GASTON
Ce choix vous honore.
{Il fait signe à Altémore de partir, et celui-ci obéit.]