‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 165 sur 325 · ACTE m, SCKNE V · texte numérisé non relu

ACTE m, SCKNE V

Et j'aurois confondu ta vie et ma mémoire.

(à Eiiphcmie.) Madame, à votre main j'avois même attenté; Revivant dans Bavard , m'auriez-voiis rejeté? Votre cœur magnanime eût imite les nôtres : Un prodige d'honneur en sait inspirer d'autres. Dans l'ivresse où je suis, je ne sais même encor Si l'élan de la gloire et son sublime essor N'entraînent point mon ame exaltée, agrandie,

{après un court silence) Au sacrifice entier... Non , ma chère Euphémie! Non : ce triomphe horrible est au-dessus de moi.

BA YA RD

Il m'appartient, seigneur; un seul mot fait ma loi; On vous aime. Songez à ma faute, à mon âge ; Ce triomphe peut seul réparer mon outrage.

(à Euphémie.) Oui, madame, je cède au choix de votre cœur.

[à Avngare.) {à Euphémie. )

Je vous rends votre foi. Pardonnez ma fureur: De ma foible raison j'avois perdu l'usage ; Il faut bien que vos yeux excusent leur ouvrage : Concevez où s'étend l'excès de leur pouvoir; Ils ont fait à Bayard oublier son devoir,

[vivement. ) ]\Iais, par un prompt retour, mon juge incorruptible, Mon cœur, m'a remontré mou devoir inflexible. Je l'ai vu; j'ai rougi : le sacrifice est fait; J'ai provoqué Gaston pour en presser l'effet. Je tremblois que l'honneur, dans l'assaut qui s'approche.

A mon dernier moment fît son premiei" reproche. Je l'avouerai : vos pleurs, vos soins pour me fléchir, M'ont presque retenu quand j'allois m'affranchir. Votre aspect rend encor ma victoire pénible: Ma perte en vous voyant me devient plus sensible...

[avec force.) Mais à de vrais guerriers, sur eux même absolus , Jamais les passions ne coûtent des vertus. De mon pouvoir sur moi je viens de me convaincre ; Quand on se combat bien, l'on est sûr de se vaincre : Mon cœur, où plus de feux viennent de s'allumer, Itenonce à votre cœur... mais non à vous aimer. Je voue à vos appas ce respectable hommage Que la beauté se plaît à permettre au courage; Cet encens noble et pur que tous nos chevaliers Brûlent sur ses autels, au milieu des lauriers. Il eut droit d'être offert aux plus illustres reines : Vous le serez, madame; oui, vos lois souveraines. Toujours, après Louis, disposeront de moi;

[en prenant la main de Gaston.) Et c'est à votre époux que j'en donne ma foi.

EUPHÉMiE, à part.

Dans mon ravissement à peine je respire ! Quel sentiment profond tant de grandeur inspire!

(à Gaston et à Bayard. ) Ah! s'il étoit un prix pour le plus vertueux, Quel mortel oseroit choisir entre vous deux?

(à Gaston.) Cher prince , qu'il est doux pour ce cœur qui vous aim< D'être offert à Gaston des mains «le Bayard même !

Page 1