SCÈNE I
BLANCHE
[Elle est vêtue sans éclat, assise dans l'attitude de raccnblement , et appuyée sur une table. Apres quelques instants de silence, elle lève les yeux, et dit : )
L'ombre enfin s'éclaircit : les premiers feux du jour Pénètrent lentement dans cet obscur séjour. Ces murs, me séparant de la nature entière. Me permettent du moins d'entrevoir la lumière. Ah! l'aurore et la nuit nie retrouvent en plenrs. Sans qu'un léger sommeil me prête les douceurs Que goûte un malheureux dans l'oubli de son être!
O jour, depuis cinq ans je ne t'ai vu renaître Qu'en demandant au ciel de ne plus te revoir! Mort, que j'appelle en vain, ô mort! mon seul espoir. Romps le joug effroyable où je suis enchaînée ! O mort, délivre-moi du malheur d'être née! [Elle retombe dans sa première attitude, puis se relève.) Un instant sur le trône , et pour jamais aux fers! Hélas! j'ai disparu de ce vaste univers. L'Espagne, où je fus reine, où je vis ignorée, Me croit dans le cercueil, et Paris m'a pleurée. Pleurée! oui, je le suis : dans mes tourments secrets J'ai le triste plaisir de coûter des regrets. On plaignit, on vengea ma disgrâce fatale; Tout m'aima sur la terre, hors ma vile rivale, Hors mon cruel époux, qui seuls ont condamné Ce cœur, plus pur encor qu'il n'est infortuné. Mais de ces lieux déserts qui trouble le silence?
{Elle paraît entendre du bruit en dehors.) La barrière du fort s'ouvre avec violence : Quel tumulte confus ! Voyons.
( Elle se lève et regarde à travers les barreaux de la fenêtre. )
Sur ces remparts J'aperçois un drapeau semé de léopards... Quelqu'un marche avec bruit. L'effroi remplit mon an