EDOUARD, V, L A N C U F
K D O r A R D , parlant rn dehors.
Soldat, ouvre. Obéis, ou tu meurs.
( La porte du fond s'ouvre, Edouard enti-e avec deux
écuyers. )
BLA.NCHE.
EDOUARD
CieJ!
Madame,
(« pari. ) Pardonnez. Que d'appas! Tout accroît mes soupçons.
( haut. ) De mou audace heureuse apprenez les raisons : Je vous suis inconnu ; j'ignore qui vous êtes; Je viens joindre le roi, qui fuit vers ces retraites ; Et pour calmer l'Espagne, en ces troubles nouveaux, J'arrive en ce moment des remparts de Bordeaux. Je voulois occuper ce formidable asile.
Qui devient pour don Pédre une ressource utile; Mais des refus suspects , des mots mystérieux. Ont enflammé soudain mes désirs curieux: J ai pensé que ces murs reuferraoient l'innocence. Vos gardes m'opposoient en vain la résistance; Le vainqueur de Najarre et celui de Poitiers Imprime le respect dans l'ame des guerriers. Dites un mot, madame, et je romps votre chaîne,
BLANCHE
Est-il bien vrai! je vois le prince d'Aquitaine, Le héros des Anglais , et le fils de leur roi? Vous, Edouard?
EDOUARD
Mon nom vous répond de ma foi.
{Il fait signe à ses écuyers de se retirer.)
BLANCHE
Votre aspect doit ici m'affliger, et me plaire. Le vainqueur de Poitiers a vu périr mon père; Le vainqueur de Najarre a vengé mon époux.
EDOUARD, avec tra nsport.
Mon doute est éclairci. Vous vivez ! Quoi ! c'est vous. Du malheureux Bourbon plus malheureuse fille? Vous , femme de don Pèdre, et reine de Castille?
BLANCHE
Reine! vous le voyez.
EDOUARD, voulant se jeter à ses pieds.
Ah ! mou cœur éperdu Vous rend l'hommage pur qu'il garde à la vertu !
( toujours avec vivacité. ) Que vous avez coûté de larmes à la terre ! Oui, votre père et vous, chéris de l'Angleterre... Ennemis généreux, nous savons admirer De vertueux rivaux, les vaincre et les pleurer. Celle Bourbon, eh quoi! lorsque Pédre et Padille Du bruit de votre mort consternoient la Castille, Sur vous de leurs fureurs ils suspendoient le cours-? Ces deux âmes de sang ont respecté vos jours?