ACTE I, SCÈNE ÏV
(à Edouard, en courant à lui.) Vous qui in'(?tes uni par les plus nobles chaîries, Car le sang des Capots coule aussi dans vos veines, Prince, il faut assurer ma retraite et mes jours : Blanche vous fait l'honneur d'implorer vos secours. Si des fers opprimoient votre épouse si chère , Pensez-vous qu'un Bourbon rejetât sa prière?
EDOUARD, lui présentant la main avec fierté. Venez, madame, osez vous remettre en mes mains.
D. p É D R E , l'arrêtant par f autre bras. Et jusque dans mon camp! Quels sont donc vos desseins? Voulez- vous aujourd'hui me combattre moi-même, Et livrer mon épouse à mon frère qui l'aime? Sitôt qu'il crut sa mort, il vanta son ardeur... B L AN CHE, à part.
Il m'aime! Ah! ce seul mot me fait lire en mon cœur.
D. p É D R E , l'ohservant.
Dieu ! s'il étoit aimé! si je pouvois le croire!... Prince, j'ai respecté votre nom , votre gloire, Je vais tout oublier dans ma prompte fureur... L'amour même en naissant est terrible en mon cœur.
[avec la plus grande violence. ) Rien n'est sacré pour moi quand le courroux m'égare : Malheur ù qui me force à devenir barbare!
EDOUARD, avec le ton d'une colère retenue. Modérez-vous , seigneur ; ne faites point rougir Un prince, votre ajtpui, qui vient pour vous servir. Je suis armé pour vous contre un frère rebelle; Si Blanche est en péril, je suis armé pour elle.
Connoissez un Anglais dont la libre équité
Entre tous les partis marche avec fermeté.
Jeune, la passion qui soudain vous enflamme
Est l'ivresse des sens que dompte une grande ame.
D'un monarque proscrit sachez le digne emploi :
Pour remonter au trône il faut régner sur soi.
Peut-être qu'eu cédant Bourbon à voue frère,
Elle seroit le nœud d'un traité salutaire.
Mais c'est d'elle, en un mot, et du roi des Français,
Que son sort dans mes mains dépendra désormais.
J'attends ici Guesclin , que mon bonheur me livre ,
Qui, toujours mon captif, m'écrit qu'il va me suivre.
Il désire la pai.K, Henri suit tous ses vœu.K :
Plus calpae, vous pourrez nous en croire tous deux.
]Madame, en attendant, de vous je vais répondre;
Vous serez sous ma garde en paix comme dans Londre.
No craignez pas, seigneur, que je fasse à vos yeux
Du droit de mes bienfaits un joug injurieux :
Ils n'ont pas cet orgueil dont le faste humilie;
Et si je m'en souviens, c'est quand on les oublie.
(// emmène Blanche.) D. vÈOR'E.j les suivant.
C'en est trop, et je cours...
ACTK 1, SCÈNE V. igS