ACTE 11, SCÈNE III So'i
HENRI, (fiim-iinix tremblante , et lui prenant In main. Il n'est plus temps peut-être.
BI.AN en E.
Ciel! à son trouble, au mien, puis-je le niéconnoître!
HENRI, levant la visière de son eas'jue. Oui, c'est votre vengeur qui tombe à vos genoux,
( // se relève. ) Qui vous voit, vous adore, et mourra votre époux.
BLANCHE, tendrement.
Insensé! se peut-il qu'un zèle téméraire Vienne livrer pour moi la tête la plus cbère?
HENRI, avec la plus grande vivacité.
Je viens pour l'amitié, j'ignorois mon bonheur: Mais jugez pour l'amour ce qu'auroit fait mon cœur! Je le déclare enfin ce feu si légitime. Que long-temps mon erreur a caché comme un crime: Dès le premier regard que je levai sur vous. Mon œil fut indigné de vous voir un époux. Pour vous suivre à l'autel j'accompagnai mon frère: Sa froideur redoubla ma jalouse colère.
Quand il sortit du temple, et courut vous trahir, Je ne sais quel espoir me le fit moins haïr; Dans l'avenir obscur, une confuse image Me montra mon bonheur dont elle étoit le gage : Les vrais pressentiments sont un don de l'amour; Je ne partageai point les regrets de la cour. Moi qui de tout mon sang voudrois payer vos larmes. Dans un de vos malheurs j'osai trouver des charmes. Mais (juand votre trépas fut par-tout publié, J'-' mourois de douleur sans sa tendre amitié ;
1o6 PIERHE LF. CRUEL.
Guesclin , sauvant mes jours d'un désespoir funeste, Pour vous, sans le savoir, en conserva le reste : Le ciel veut qu'en tout temps il soit de mon destin Ko voir dans mon bonheur l'ouvrage de Guesclin.
DC GUESCLIN
Prince, un si noble aveu fait mon plus beau salaire.
Reine, voilà l'époux choisi [lar votre frère:
Charle, avant que dou Pédre en eut semé le bruit,
De l'hymen de Padille en secret fut instruit;
Et pour vous délivrer, armant toute la France,
De ce prince et de vous il conclut l'alliance.
Pour dot, sur la Castille il vous tiansmit ses droits,
Acquis à nos Bourbons au défaut des Valois.
Quand le prince, éprouvant une disgrâce utile ,
Dans l'asile des rois vint chercher un asile.
Roi sans trône, et dès-lors citoven de Paris,
Vingt fois pleurant vos jours, que nous croyions finis,
J'ai vu Charle et Bourbon s'écrier sans mystère :
« Si Blanche respiroit, ce seioit-là mon frère. »
Le ciel , jiour ce héros , vous sau\a du trépas;
Il veut unir vos cœurs pour unir deux états,
Par le sang des Bourbons, par la gloire enchaînées,
France, Espagne, à jamais joignez vos destinées!
BLANCHE
cher prince , c'est pour vous qu'on exige ma foi
Le jour même où j'apprends quelle est encore à moi?
Quel sort heureux succède au sort le plus barbare!
Je crus être à don Pédre, et suis à Transtamare !
J'avouerai qu'en suivant votre frère à l'autel
Je vous distinguai peu dans mon trouble niortel;