ACTE Tl, SCÈNE IV. 3o
EDOUARD
A ma foi. prince, et vous voilà sauvé. / à du Giiesclin, en l'eiiihrassant. ) Il me connoU. Jamais tu ne l'as riiieux prouvé. Ah ! cette confiance et cet excès d'estime M'attendrit jusqu'aux pleurs par sa candeur sul)lime.
DU GUE se LIN.
Je vois l'occasion d'illustrer un fjrand cœur.
Je ne puis m'en saisir, je l'offre à mon vainqueur.
ÉDOl'ARD.
[appelant un anglais qui entre. ) ( à Henri. )
Suffolck. Éloignons Pédre: il peut , dans sa furie, Me braver et nous perdre, au.x dépens de sa vie.
(vivement à l'Anglais.) Courez, dites au roi qu'un funeste devoir Contraint ce chevalier de partir sans le voir; Qu'il faut qu'avec Gues.lin moi seul je l'entretienne. Faites garder ces lieux, de peur qu'on nous surprenne.
BLANCHE, à Edouard.
O héros, qui deux fois me sauves dans un jour!
EDOUARD, montrant Henri.
A sa témérité je reconnois l'amour.
DU G U ESC LIN
Non ; et ce que l'amour entreprend par délire, Le calme du couragv' à ce prince l'inspire. Il vient, de son épouse ignorant les destins. Concerter un projet pour m'ôter de vos mains. Don Henri, que sans moi couronna la victoire,
3io PIERRE LE CRUEL.
Se souvient d'un captif inutile à sa gloire: Le roi devient soldat pour servir son ami. Eh bien! voilà le cœur que je vous ai choisi. Prince, mes deux héros étoient faits l'un pour l'autre Chérissez mon ami , comparez-lui le vôtre, Ce tigre tout souillé de sang et de forfaits. ,'3'ai placé mieux que vous l'honneur de vos bienfaits. HENRI, à Edouard.
Seigneur, ma défiance est un outrage insigne Dont je rougis dans lame, et dont l'honneur s'indign Mais de la réparer mon orgueil est jaloux. Montrez-moi les moyens de m'acquitter vers vous: En est-il? ordonnez. Après la bienfaisance. Le plus grand des plaisirs est la reconnoissance.
EDOUARD
Je vous demande un prix bien digne de tous deux : C'est la paix. Remplissez vos devoirs et mes vœux. Craignez tous le malheur des haines fraternelles ; Aux plus affreux excès on est conduit par elles. Deux cœurs qu'un même sang forma pour se chérir, Oseront s'immoler, s'ils osent se hair.
Une fois affranchis des nœuds de la nature , Nos fureurs sont sans frein, nos crimes sans mesure. Prévenez sagement quehjue scène d'horreur. Mais des conseils des rois évitons la lenteur. Tous trois, avec prudence, osons voir votre frère; Lui, Guesclin, vous et moi, calmons l'Europe entier:
HENRI
Moi , le voir?
ACTK li, SCiKNK IV. Su
B I. A N c M E , iinjictiieiiscnicut.
Non , seigneur.
ÉDO U A R U.
INoii pas en ce moment.
Vous nous avez surpris par ce déguisement : Sans doute il oseroit , pour vous punir en traître , Abuser tlu prétexte, et j'en serois peu maître. Il faut dans votre camp retourner inconnu : De là faites offrir un accord imprévu; Proj)osez l'entretien , prenez-nous pour aibitres; Revenez dans l'éclat qui convient à vos titres. Cette tente j^eut voir, par mes justes projets. Un moment accorder les plus grands intérêts.
HENRI
Sans l'aveu de Guesclin rarement je i)rononce, Seigneur; mais dans ses yeux je crois voir sa réponse.
DU GUESCLI>.
La paix , seigneur ; il faut tout lui sacrifier : C'est le fruit précieux qui naît d'un vain laurier. Qu'elle suive toujours le char de la victoire , Quand le vainqueur est homme et digne de sa gloire.