SCÈNE I
D. PÈDRE, EDOUARD, gardes.
EDOUARD
Mes vœuK sont-ils remplis, et votre ame apaisée
A recevoir un irère est-elle disposée?
Les iutéréis du peuple à Gués lin sont remis :
D'un pas qu'on fait vers vous sentez donc tout le priv.
D. pÉdp. E.
Quoi! Henri dans ces lieux refuser de paroître! Ce rebelle en son camp vouloir mander son maître !
EDOUARD
Ce n'est pas don Henri, ce sont tous vos sujets, Aujourd'hui s.s soldats, qui Idâniant mes projets, ÎS'osoieut le confier à vos mains vengeresses.
D. PEDRE.
Ces perfides sujets doutent de mes promesses?
EDOUARD
Mais leurs doutes, seigneur, sont-ils si criminels? Rappelez envers eux vos serments soltnnels . Lorsque mon bras vainqueur terminant vos querelles,
riFRRK LF, CRUEL. 3i5
Votre honneur m<' jura la grâce des rebelles,
Je crus de votre peuple être le bienfaiteur,
Jt" cru.i lui rendre un père, et fus son destructeur;
Je rendis vos bt)urreaux à l'F.spayne indignée ;
!)<- larmes et de sang vos fureurs l'ont baignée:
De tous >os vieux amis , Fernand seul voit le jour.
Quand ma bouche en ces lieux demande tour-à-tour,
Grands, ministres, guerriers, fameux |iar leurs services,
La réponse est toujours l 'ai rét de leurs supplices :
Et don Pédre est surpris d'inspirer de l'effroi!
Et djii Pêdie est surpris qu'on doute de sa foi!
Ah ! si selon mes vœut, le traité se consomme,
Sur le trône, à la fin, vais-je placer un homme?
En vous frappant deux fois, la juste adversité
Ne vous a-t-elle j>as appris 1 humanité,
La vertu des grands rois, leur volupté suprême?
Eh ! quels droits plus divins donne le diadème
Que de pouvoir sans borne étendre ses bienfaits,
Recueillir tous les jours les plaisirs qu'on a faits,
Trouver à chaque instant, dans son aine adoiée,
Le centre du bonheur d'une vaste contrée?
D. PÉdre, avec impatience.
Mon peuple m'étoit cher quand j'en étois chéri; Il m'a trahi par-tout, par-tout je l'ai puni.
EDOUARD
Prince, punir en roi, c'est châtier en père. Il f.iut qu'à mes dépens enfin je vous éclaire.
[lui prenant la main affectueusement.) Mon aïeul, comme vous, prosf'rit, dans l'abandon, Méjjrisa du malheur la première leçou ;
lir, PIERRE LE CRUEL.
Et pour lui la seconde, hélas! fut la dernière. Leçon , pour vous et moi, terrible et salutaire! Peut-être crai(jiier-vous d'axoir par vos rigueurs, Loin (le vous sans retour, écarté tous les cœurs? Mais que le cœur du maître aisément les rappelle ! Que sans peine il leur rend leur pente naturelle! Le devoir est pour eux l'aiguillon de l'amour, Qui les gêne en secret, et les povisse au retour. Un père, un roi haï, répugne à la nature : Permettez qu'en vous aime, et la haine s'abjure.