ACTE IV, SCÈNE
C'est à moi que jadis Valois vous a donnée ; Depuis à Transtamare il vous a destinée , Quand mes engagements ne pouvoient se remplir. Mais lorsque enfin je puis et veux les accomplir, Maître de sa juomesse, en observant la mienne, Il n'est jnétexte, excuse, ou loi qui nous retienne. Vous pouvez, apportant la paix à l'univers, Unir par un seul nœud mille intérêts divers. L'Espagne, à votre nom, sent expirer sa haine. Et revient à son roi par amour pour sa reine. La France satisfaite appuiera ma grandeur; J'aurai Valois pour frère, et Guesclin pour vengeur. Je ne vous cache point quel est l'amour extrême Qui m'asservit à vous, et m'arrache ù moi-même. Jugez de sou pouvoir sur mon cœur étonné : Oui, ce qu'on n'a point vu depuis que je suis né, Je commande à ma haine et suspends ma vengeance. J'écoute et je conçois des projets de clémence. Me les faire achever est un devoir bien doux. Un honneur que le ciel ne réservoit qu'à vous. Je n'épargnai jamais une tête rebelle; Je pardonne pour vous à la j)lus criminelle, Et j'offre un sûr garant à vous, à mes sujets, Du bien que je ferai, dans le bien qvie je fais.
(à Henri.) Osez répondre. Et toi, si tu prétends à vivre, Le premier vers l'autel presse-la de me suivre.
HENRI, à Blanche, vivement.
Ainsi depuis cinq ans, par un art trop connu, Marchant de crime en crime, il promet la vertu.
Sachez qu'un autre hvmen, Padille encor vivante,
Engageoit à Pérès la main qu'il voas présente,
A Pérès qu'il ravit des bras de son époux!
lî me promet le jour, s'il s'unit avec vous :
Eh bien! de cet hymen que la pompe s'apprête :
C'est par mon échafaud que finira la fête.
D. PÊDRE.
Quoi, traître!...
H E X R I , à Blanche , très rapidement, comme quelqu'un qui craint d'être interrompu.
Ignorez-vous comme il sait pardonne Le jour que dans Tolède il vint m'assassiner, Tout un peuple tomboit sous sa main sanguinaire ; Un fds lui demanda de mourir pour son père : Pédre accepte l'échange, et se croit généreux; Il s'en repent soudain, et les frappe tous deux. Pressez-vous maintenant de mériter ma grâce.
Les plus affreux tourments, pour prix de tant d'auda Qu'on l'entraine...
BLANCHE, éperdue.
Arrêtez... Que dois-je faire? hélas!
Souscrire à mon opprobre?... ordonner son trépas?
(à Henri.) Cruel, je l'ai prédit, nos maux sont votre ouvrage!
D. pÉDKE,à Blanche , surprenant leurs regards. Vous l'aimez , je le vois ; vous redoublez ma rage. Il faut... tremblez enfin de mon jaloux transport... Ou me suivre à l'autel, ou le suivre à la mort.