SCÈNE X
ZELMIIIF, ÉMA, ANTÉNOR.
ANTÉNOR, à Zelmire.
Vous, soyez informée Et des désirs du peuple et des vœux de l'armée, Madame. Vers ce temple il falloit vous chercher. Un repentir trop leut vous y semble attacher : Vous y venez des dieux conjurer la vengeance; Mais il est des forfaits qui passent leur clémence. Votre père par vous à ses bourreaux livré, Sous un temple brûlant dans la flamme expiré, Ne vous laisse à pleurer qu'un crime irréparable, Qu'e.xcuse vainement un peuple aussi coupable. Tant qu'Azor a régné, j'ai dû, forçant mes vœux. Fermer sur sa conduite un œil respectueux; Mais aujourd'hui qu'enfin sa fureur est punie, Je vengerai sa mort, en condamnant sa vie. Quant au jeune monarque entre mes mains remis, Malheureux quelque jour de se voir votre fils, Je ne souffrirai pas qu'ici votre présence Offre un modèle indigne aux yeux de son enfance. Portez à votre époux votre barbare main : Les vaisseaux sont tous prêts; vous partirez demain.
x E L M I R E , accablée cTétonnement. Vos reproches, seigneur, ont droit de me confondre.
{reprenant sa fierté. ) Mais devant uu sujet je n'ai point à répondre.
Je ne prends point pour juge un vain peuple, ni vous;
Mes juges sont les dieux, mon cœur et mou époux.
ANTÉNOR
Votre époux?... Il est vrai que sa naissante flamme
Sur vos fausses vertus éclaira mal son ame.
Etranger, et séduit par vos trompeurs appas,
A peine un prompt hymen l'avoit mis dans vos bras,
Que la gloire eu nos camps emporta sa vaillance,
Et bientôt à Pergame appela sa vengeance.
Mais lorsque son amour, trop digne de pitié,
Saura quel est le cœur où le sien s'est lié ,
Il punira sur vous, honteux de son outrage,
Le crime qu'il déteste, et l'affront qu'il partage.
Je frémis d'y penser!... Peut-être qu'en ce jour
Un récit trop cruel me ravit son amour!...
Mais vous , à qui Lesbos vient d'offrir la couronne,
Recueillez tous nos droits, votre sang vous les donne;
Et souffrez que d'ilus apaisant les fureurs,
Je porte à ses genoux et mon fils et mes pleurs.
ANTÉ.NOR
Ce fils est notre maître ; il n'est plus à sa mère.
Lesbos , sans vos conseils , le rendoit à son père.
Quel intérêt secret vous fait donc rejeter
Un sceptre qu'en vos mains nous venons tous porter?
Mais au peuple, à mon tour, je Aeux me faire entendre;
Il est d'autres faveurs où j'ai droit de prétendre;
De fidèles amis qui veulent, sur mes pas,
Cherchant d'autres destins...