‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 268 sur 325 · ACTE 1, SCÈNE III. 3j · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE III. 3j

c. A B t\ I r I. L F. , t'i)ili'rroniiMitit , à son tour.

Est-ce à vous de vous plaindre. Seigneur? et quels devoirs me voyez-vous enfreindre? Depuis deux ans qu'ici mon sort m'unit à vous, J'ai cliéri, révéré, consolé mon époux.

Vous avez vu la mort, à mes côtés errante. Vingt fois m'environner de sa faux menaçante; L'ahyme du tombeau se fermer, se rouvrir : Il prend, lâche sa proie, et la vient ressaisir. Dans ce corps défaillant si l'ame est affaissée, Le sentiment Hétri , la raison éclipsée, Ah! seigneur, est-ce à moi qu'il le faut reprocher? Je sens plus que jamais mon heure s'approcher. L'excès de votre amour, dont je suis attendrie, A fait de vos douleurs le poison de ma vie; Eh! quel tourment affreux pour le plus tendre cœur D'afHiger un ami dont il veut le bonheur! Faut-il quà mon destin vous attachiez le vôtre. Quand le ciel va bientôt séparer l'un et l'autre? Bientôt, Fayel, ces traits, ce cœur, que vous aimez, A la terre rendus, y seront consumés.

Souffrez avec courage un malheur nécessaire , Qui détruit tôt ou tard l'union la plus chère. Puisse tout ce que j'aime être heureux après moi , Et je meurs sans regret, ainsi que sans effroi.

FAYEL

Sans regret? Votre cœur m'en auroit du, sans doute.

{avec amertume. )

l'eut-étre oubliez-vous ceux (pa'un autre vous coûte?

(iiiliriclle étonnée le rerjardf : il se reprend vivement.)

TJn père à votre amour n'en peut-il arracher? Mais il forma nos nœuds, il ne vous est plus cher. A vos yeux cependant il va bientôt paroître; Vergy dans nos climats revient avec son maître : Sortis, depuis deux jours, des remparts de Lyon, L'aurore a dû les voir s'éloigner de Dijon. Par leur ordre, à l'instant, on vient de me prescrire De les suivre à Paris, et de vous y conduire.

Moi, seigneur?

FAYEL

Oui, madame : il faut que ce grand joui Vous rende aux soins brillants, aux pompes de la cour. Je vais tout préparer. Ma franchise rigide Demande près des rois votre douceur pour guide ; L'éclat peut dissiper vos ennuis odieux. Toujours nourris d'eux même en ces paisibles lieux. S'il vous manque un printemps pour compter quatre lustri Vos vertus à la cour n'en sont pas moins illustres. Ses superbes beautés , que vous seule effacez , Vous aiment, en pleurant leurs attraits éclipsés ; Et dans le sein des arts, que vous savez connoître. Votre esprit occupé va reprendre son être.

GABRIELLE

Ah! seigneur, je frémis! Où me conduisez-vous?

( se jetant à ses pieds. ) Si vous m'aimez encor, je tombe à vos genoux. Laissez-moi par pitié dans ce lieu solitaire.

FAYEL, la relevant.

Suivez l'ordre absolu d'un monarque et d'un père

Page 1