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SCÈNE IV

GABRIELLE, ISAURE

GABBIELLE, tombant (ians un fauteuiL Isaure, je succombe! liélas! c'en est donc fait! Ils avoient à mon cœur gardé ce dernier trait. « Suivez l'ordre absolu d'un monarque et d'un père! »• Leurs ordres en tout temps ont causé ma misère. Quoi ! mon père et mon roi sont mes premiers bourreaux? Mon ame les adore, et leur doit tous ses maux.

(à part. ) Ah! cruels! poursuivez: traînez votre victime De l'autel à la tombe, et du malheur au crime. '

(à Isaure. ) Vois-tu de mes destins quel est l'horrible cours , '

Et l'abyme où je suis, et l'abyme où je cours? Conçois-tu de Vergy l'imprudence barbare. Et quels nouveaux tourments sa rigueur me prépare? Combien il abusa de ses droits paternels! Il m'enchaîne au malheur par des nœuds éterneb : H sépare deux cœurs unis dès leur enfance. Dont ma mère approuvoit l'espoir et la constance; Sa maiu, pour m' asservir à ses injustes lois,

376 GABRIELLE DE VEUGY.

Surprend l'autorité du plus juste des rois; Et, déployant soudain l'arrêt de ma ruine , Précipite en secret le nœud qui m'assassine. Loin de toi, de l'hymen j'allumai le flambeau: Je ne vis point d'autel; je ne vis qu'un tombeau. Interdite, et voulant douter de ma misère, Mes timides regards se levoient sur mon père. L'inhumain ! à Fayel il présenta ma foi , Comme un don de ce cœur qu'il disoit être à moi. Sa hauteur s'assuroit que ma simple jeunesse, Aux yeux d'un inconnu renfermant ma foiblesse, Devant vingt chevaliers n'oseroit démentir Un père à qui son sang ne savoit qu'obéir. Hélas! j'écoutai trop la voix de la nature , Et mon père étoit sourd à ce tendre murmure.

ISAURE

Il est trop vrai, toujours sa stoïque froideur

Des passions eu lui sut étouffer l'ardeur;

Sur elles conservant un empire suprême.

Il les juge en autrui, comme il les sent lui-mê'me.

Il n'a pu voir en vous ces feux tumultueux,

Qui, des sens enivrés tyrans impétueux,

Donnant un nouvel être à notre ame asservie,

Font du premier soupir le destin de la vie.

Il crut que, respectant et bénissant son choi.x,

L'amour devoit s'éteindre et renaître à sa voix.

De son âge glacé froide et cruelle idole,

La politique, hélas! par ses mains vous immole.

GABRiELLE, à/îflrf.

Bien plus, mon cher Coucy, son horrible pouvoir

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