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ACTE I, SCKNE IV

Me défend de t'aimer, et me force à te voir. Ah ! pour vaincre un amour dont ma vertu s'indigne, Pour rendre à mon époux ce cœur dont il est digne, Le ciel m'en est témoin, j'ai tout fait, tout tenté: Mes forces ont toujours trahi ma volonté. Et j'irois de Raoul braver encor la vue, Ses regards tout remplis du poison qui me tue, Son affreux désespoir dont la tendre langueur Viendroit me rappeler tous ses droits sur mon cœur, Son génie éclatant, son courage sublime, Et son fidèle amour dont l'idée est un crime! Raoul, si je te vois, pourrai-je un seul moment Oublier près de toi les traits de mon amant? Oublier ce héros dont l'aimable sagesse De son siècle grossier sut polir la rudesse, Dont l'esprit, déjà mûr dès sa jeune saison, Mêle aux fleurs des talents les fruits de la raison?

(à Isa tire. ) L'instinct de la vertu, sa pente naturelle Rapprocha sans dessein nos deux cœurs dignes d'elle. Quand ce rapport charmant eut su les rassembler, Ils s'excitoient encore à se mieux ressembler. Sa grande ame éclairoit, affermissoit la mienne, Et pour les malheureux j'attendrissois la sienne. Ah ! tout va m'arracher de coupables regrets !

(à part.) Non , je te jure, ô ciel ! de ne le voir jamais ! Roi , père, époux, tyrans fjue je ne veux plus craindre, Vos menaces, vos ci-is, rien ne m'y peut contraindre.

378 GABRIELLE DE VERGV.

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