‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 289 sur 325 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

COUC Y.

Respire enfin, Raoul, dans des lieux qu'elle habite. Tous mes si^ns sont émus d'une ivresse subite.

(considérant le lieu où il se trouve. ) Voilà de noire amour les premiers monuments! Ces murs, témoins chéris des plus purs sentiments... Que de '!ous souvenirs dofit le charme suprême A qui n' il plus heureux tient lieu du bonheur même! Je gémis! Gabrie'de , en d'autres temps, hélas! Près de te voir ici, je ne gémissois pas!

GABRlfcLLE DE VERGY. 4oi

Là, même avant nos veux, nos âmes se cherchèrent ; Dans nos premiers regards elles se rencontrèrent. Là , vingt fois, en secret, sortant des champs d'honneur, Ta main ceignit mon front des lauriers du vainqueur; Lorsqu'au prix de mon sang je vengeai tes injures, Tes pleurs, dans ce palais, ont lavé rues blessures. Ton ame fugitive et prête à s'exhaler, Par mes derniers adieux s'y sentit rappeler. Enfin , malgré la mort, mon cœur venoit s'y rendre, Et, pour être avec toi, survivoit à ma cendre... Trop ingrate Fayel, quels droits j'ose attester! Fayel !... Est-ce le nom que tu devrois porter? Sous un joug odieux, séchant dans l'amertume, La langueur du trépas lentement te consume. Et mes jours, presque éteints, ont pu se rallumer! Ne meurs point pour l'amour; vis plutôt sans m'airaer... Sans m'aimer!... Quel espoir! Ah! je fuirai ta vue; Que pour un seul moment elle me soit rendue! Je ne puis accorder mon bonheur et le tien : Juge combien je t'aime; oui, je renonce au mien.

SCÈiSE III.

MONLAC,COUCY.

M ON LAC, à part, sans reconnoître dabordCoucy. Pourquoi me retenir et m'observer sans cesse? Quel ami de Rhétel cherche à voir la comtesse? ( à Coucy , qui est détourné , et dont il ne voit pas la

traits. ) Est-ce vous ?

4o2 GABRIELLE DE VERGY.

COUCY, apercevant et recoiuioissant MonlaC. Toi, Moiilac, eacor dans ce séjour!

Aaroi^-tu donc appris que je revois le jour?

MON LAC, immobile détonnement^ à pai^t.

Ses traits... sa voix... ISIon maître!... O céleste clémence! Il vil! lu vi iiv encor le bonheur de la France! (// se jette dans les bras de Coucy ^ qui les lui tendait.) Par quel miracle enfin nous étes-vous rendu? Le ciel , le juste ciel en doit à la vertu.

COCCY..

O mon ami, connois quel destin nou» rassemble... Mais dis-moi, le premier, les raisons... M o >; L A G , l'interrompant.

Ah ! je tremble.

Songi z que pour vos jours tout est à craindre ici. Le soupçonneux Fayel...

^ COUCY, r interrompant à son tour.

Est aux murs de Vergy.

Je ne crains ri?n pour moi. C'est pour sa digne épouse Que j'ai dû redouter sa cruauté jalouse. Si, dépouillant la pourpre et l'or des chevaliers, J'emprunte les couleurs des simples écuyers. C'est pour elle, un moment, qu'à la honte de feindre Mon austère candeur a dai^^^né se contraindre; Et j'ai choisi l'instant au'appelé près du roi, Fayel porte ù ses pieds les gages de sa foi, Pour venir m'acquitter d'un soin cruel et tendre , Le seul qu'à mon amour l'honneur ne peut défendre- Mais toi, qui te retient dans ces tristes climats? Chez mon père d'abord as-tu porté tes pas?

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