SCENE I
ANTÉNOR
Ainsi tous ces projets, si sagement tracés, Par le retour dMlus se trouvent renversés : On lui remet sou fils privé du diadème; On pense le punir, et me plaire à moi-même. Sceptre tant désiré, quand j'ai tout fait pour toi, Croyois-je, quelque jour, t'obtenir malgré moi? Faut-il au même instant perdre le seul otage Qui pût me garantir ce sanglant héritage ! .Sur ce trône incertain je vais toujours frémir... Avant que d'y monter je voulois l'affermir. Si, dévoilant un jour l'attentat qui m'y place. Protecteur de son fils , et vengeur de sa race, Uus vient réclamer des droits trop assurés , Dans un premier transport vainement abjurés, Où sera ma ressource?... Eh! que sais-je, peut-être, Si le prince expirant m'a pu faire connoître? Ces témoins que je crains, que j'alarme encor plus, Voudront mettre à profit la présence d'Ilus...
[D'une voix tremblante, et avec saisissement.) Ce noir pressentiment, cette frayeur soudaine, Du péril que je cours est la marque certaine...
Il faut, pour le parer, recueillir tous mes sens...
{après Kti peu de silence et de n^lexion.) Ilus est seul ici. Dans ses chagrins pressants, Voulant loiu de nos bords précipiter sa fuite, Son ordre en ses vaisseaux a retenu sa suite. Par-tout le meurtre encore ensanglante ces lieux. Aux peuples outragés Ilus est odieux; Tout Lesbos apprendroit son trépas avec joie. Lui mort, son fils me reste, et je peux braver Troie. Je ne crains, en un mot, qu'Ikis dans l'univers; Et par un crime heureux les autres sont couverts... Quelle main me rendra ce dangereux service?... Ah! comme auprès d'Azor, si quelque instant propice. Sans secours étranger, favorisoit mon bras!...
( apercevant Euriale
( voyant paraître Ilus. ) avec Ilus. )
Mais, il vient... O fortune!... Un ami suit ses pas... Il peut s'en séparer... Voici l'heure fatale ; S'il l'éloigné, il est mort.
( // va se cacher entre les arbres cjui environnent le temple. ) -»