SCÈNE IL
ILUS, EURIALE.
ILUS, arrivant de V autre côté du théâtre. Enfin, cher Euriale, Mon désespoir plus libre, implorant ta pitié, Peut épancher ses pleurs au sein de l'amitié.
Accablé sous les maux dont l'horreur me consume.
D'abord leur pesanteur m'en cachoit l'amertume;
De mon ardent courroux la première chaleur
Dans mes sens soulevés suspeodoit la douleur.
Je commence à sentir ma blessure cruelle ,
Qu'un trait empoisonné rend toujours plus nouvelle.
Dans ce cœur violent l'amour impétueux
De mon ambition absorboit tous les feux;
Je préférois Zelmire à la gloire des armes;
Je croyois sa beauté le moindre de ses charmes.
Azor, instruit comme elle à feindre la candeur,
S'étoit fait un ami de l'amant de sa sœur...
( à part.) O jeunesse trop prompte à donner son estime! La vérité me luit dans le fond de l'abyme. J'en détourne les veux, je frémis de la voir, Et n'en pouvant douter ne la puis concevoir. Ah ! qu'il est dur de perdre une erreur si flatteuse, De changer tant d'amour en une horreur affreuse, Et de ne trouver plus qu'un monstre détesté Dans l'objet dont mon cœur fit sa divinité !
EURIALE.
Seigneur, le doute entroit dans mon ame agitée; Mais de sa honte enfin Zelmire s'est vantée, Et nous avons rougi de voir ce peuple entier S'empresser devant vous à la justifier.
L'applaudir, dans l'accès de sa noire furie , D'avoir sacrifié son père à sa patrie...
(à part.) Qui croira, justes dieux! qu'à sa timidité
ACTi: m, SCÈNE II. 4;
Ce sexe puisse unir tant <le férocité?