ACTE IV, SCÈNE IX
(voyant qu Antènor veut le regarder d'un air assuré.) Tu caches ta terreur sous les traits de l'audace. Je vois ton front pâlir, lorsque ton œil menace.
ANTENOR, avec un grand calme affecté.
Eh ! d'où viendroit , seigneur, ma crainte ou mou courroux ? Le sceptre est un fardeau dont je suis peu jaloux. J'ai refusé ce rang dont on vous fit descendre: Si Lesbos le permet, vous pouvez le reprendre; Mais je doute qu'au gré de ce peuple vengeur, Azor dans son bourreau trouve son successeur.
[vivement , à sa suite. ) Amis , nos yeux en vain cherchoient le bras impie Qui du dieu de vos cœurs a privé la patrie: Faut-il nous étonner de nos soins superflus? Polydore vivoit. Que cherchons-nous de plus'
POLTDORE.
Quoi! monstre...
ANTÉNOR, l'interrompant durement.
Tout décèle ici votre imposture.
Votre ame pour ce fils étouffoit la nature : Contre vos noirs complots nous défendions ses jours, Et jusque dans nos bras vous en tranchez le cours ! Quelle douceur traîtresse et quel art sacrilège, i*ar les mains de sa sœur, l'a conduit dans le piège ! illle paroît servir, partager son courroux, 'ar votre feint trépas nous en impose à tous ; It ce jeune héros, qui court à sa ruine, 'ense ^voir abattu le bras qui l'assassine. )ue dis-je? au même instant qu'on lui donne la mort.
Appelé par Zelmire, Uus est sur ce bord. Ils affectent tous deux une horreur mutuelle : L'un accable d'affronts son épouse cruelle ; L'autre sur son époux lève un for meurtrier. A ma garde , lui-même , il vient la confier; Et, de ce jeu barbare imprudente victime. Je m'arme pour Ilus, quand le traître m'opprime.
( aux soldats lesbiens et thraces. ) O long enchaînement des plus lâches noirceurs, Pour perdre avec Azor son peuple et ses vengeurs!
(à Polydore, à Ilus^ et à Zelmire.) A ce peuple indigné venez vous faire entendre; Venez subir l'arrêt que vous devez attendre, Les tourments réservés à vos cœurs inhumains.
ZELMIRE, àpart.
Et la foudre, grand Dieu! reste oisive en tes mains? Tu le fais triompher, tu te rends sou complice, Et tu veux que la terre adore ta justice ?
1 1, u s , vivement. Sa justice est pour nous : elle tient enfermés Dans un nuage encor ses foudres allumés ; Mais son bras invisible , étendu sur le crime ,
[avec un geste menaçant sur Anténor) Voile, pour mieux frapper, les yeux de ma victime.
( à Anténor. ) Ne crois pas qu'à ses coups tu te sois dérobé, Serpent en long replis sans cesse recourbé! J'admiie, avec horreur, ta prudence perfide, De tes ressorts tout prêts le jeu sur et rapide; Mais dans la nuit profonde, où tu sais toujours fuir.