‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 6 sur 325 · ACTE 1, SCÈNE 1. ii · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE 1. ii

A trente ans de vertus, de gloire et de bienfaits! ..

( à Zelmire. ) Ne pûtes-vous, au moins, de ce vainqueur impie, Pour un père captif désarmer la furie?

Z KLMl KE.

Non; contre tous les pleurs soigneux de s'endurcir,

Il fallut le tromper, ne pouvant l'adoucir.

Tromper un traître, Éma, c'est lui faire justice.

Tel fut de mon amour l'ianoceut artifice :

D'Azor avec éclat j'approuvai les forfaits;

En flattant ses fureurs , j'en prévins les effets.

Tu sais que les mortels, vertueux ou coupables,

Dans les autres toujours pensent voir leurs semblables :

Azor me crut sans peine un cœur dénaturé...

Je lui surpris l'aveu d'un projet igiioré.

Le barbare, en secret, par la faim meurtrière,

Au fond de sa prison, laissoit périr mon père!

ÉMA.

Dieux!

l'arrêtai ce crime au moment du succès. Un soldat dans la tour me laissa quelqu'accès; Mais lâchement fidèle et cruel par foiblesse. Il m ôta les secours qu'apportoit ma tendresse. J entre, je vois mon père à mes pieds étendu; Je sens le froid mortel sur son cor|)S réjiandu: Je le presse en mes bias; et sa bouche expirante Pousse: en foibles sanglots une voix défaillante... J'écoutai la nature : elle vint ra'inspirer D'oser changer ses lois poitr la uiicu.x honorer.

Son trouble impérieux ne connoît point d'obstacles;

La nature alarmée enfante des miracles.

Du lait que pour mon fils elle avoit destiné,

Mon sein même a nourri mon père infortuné.

Mes pleurs, mon désespoir.^ ma mort inévitable,

L'ont contraint d'accepter ce secours respectable.

ÉMA.

Zelmire!... je succombe à mon ravissement!...

( l'embrassant. ) Pardonnez au transport de cet embrassement. Ah! l'admiration, le trouble, la tendresse, Arrachent de mes yeux des larmes d'allégresse!

Z ELMiRE.

Hélas ! à ce spectacle un ïhrace en répandit. Dans mes soins maternels ce tigre me surprit; Mais l'inflexible airain de l'ame la plus dure S'ébranle et s'amollit au cri de la nature : Il fut comme accablé du dieu qui m'inspiroit; Il osa seconder des soins qu'il admiroit ; Et mon père , échappant à sa prison funeste, [montrant le tombeau où son père est caché) Trouva dans ce tombeau l'asile qui lui reste. Ce n'étoit point assez. Loin d'un si cher trésor. Il falloit détourner les poursuites d'Azor: Je sus conduire ailleurs sa cruauté séduite; Je lui vins, la première, annoncer cette fuite; Je feignis qu'enlevé par des amis secrets Mon père s'enfermoit au temple de Cérès, Où Cloan*'ie, en effet, fidèle à Polydore, Avec quelques soldats se défendoit encore.

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