‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 7 sur 325 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Dieux! qui pouvoit prévoir ces attentats nouveaux? Azor, de toutes parts, fait lancer les (lambeaux, Et «lu temple embrasé les murailles fumantes Croulent dans des torrents de flammes dévorantes. Un cœur dénaturé respecte-t-il les dieuv?... Mais la cendre sacrée, où ce monstre odieux Croyoit voir de son roi l'affreuse sé[)ulture, Servit à mieux couvrir ma pieuse imj)OSture.

ÉMA, se jetant à ses pieds.

Ainsi, quand vos vertus l'arrachent à la mort, Nous vous accusons tous de son horrible sort! Que j'expie à vos pieds une injuste colère...

z KLM IRE, la relevant.

Son injustice, Éma, me la reudoit bien chère! J'estimois ce courroux, dont mon cœur soupiroit; De ta fidélité ta haine m'assuroit.

A quel étrange sort mes malheurs m'asservissent! Je ne puis plus chérir que ceux qui me haïssent; Et j'abhorre ce peuple assez vil pour m'aimer, Qui me croit parricide, et m'en ose estimer!... Entretiens son erreur, que ma voix autorise ; Unis-toi, pour ton maître, à ma noble entreprise. Le soleil a trois fois doré l'azur des cieux Depuis qu'au sein des morts la nuit couvre ses yeux, Et que mes soins cachés ont nourri sa vieillesse

{motitrant le temple) Des dons qu'on croit ici que j'offre à la déesse. Veille autour de ces lieux, ovi je vais l'informer De ce trépas d'.Azor, qui doit tant m'alarmer. Hors du tombeau fatal j'entretiendrai mon père;

i4 ZELMIRE.

Du moins pour un moment, il verra la lumière. Apjiiochons.

( Elle fait quelques pas , tenant Etna par la main.)

ÉMA.

Vous tremblez!

ZELMIRE, s' arrêtant.

Hélas! depuis le jour De cet effort sacré , prodige de l'amour, Tu vois à quel excès ma tendresse est accrue : A la voix de mon père, à son nom, à sa vue, Je sens d'un doux transport mes entrailles frémir. Tout mon sang se troubler et mon cœur tressaillir; Un sentiment nouveau, qui vient s'y faire entendre, Ajoute à la nature , et rend son cri plus tendre.

( Elle entre darts le tombeau ÉMA, se retirant.

Dieux! dont la vertu même éprouve le courroux, Est-ce en vous imitant qu'on mérite vos coups?

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