SCÈNE III
ALIÉNOR, 5uâue de ses femmes; S AINT-PIEKRE.
ALIÉNOR, en pleurs , soutenue sur une de ses femmes, à Saint-Pierre.
O mon père !
SAIJN'T-PIERRE, « part.
A peine elle respire...
(à Aliénor.) Madame, eh quoi! vos pleurs...
ALiÉxoR, l interrompant.
Ils doivent tout vous d Si des revers plus grands pouvoient nous accabler. Le destin contre nous sauioit les rassembler. Le roi, mou père, Harcourt, d'une ardeur incroyable Ont assailli par-tout ce camp si redoutable. J'ai vu périr Harcourt; on dit le roi blessé, Et mon père est captif d'un vainqueur courroucé. Nos soldats s'avançoient dans un calme terrible: Soudain tonne l'airain, jusqu'alors invisible; Et ses bouches de feu vomissent dans nos rangs Les instruments de mort qu'il porte dans ses flancs. Nos braves chevaliers et mon père à leur tête De cent globes de fer ont bravé la tempête.
ACTK I, SCÈNE 111 yg
Quand sous des coups nuu'tels son courtier ckancelaut L'entraiue et se (léhat sur mon père sanglant. Plus prompts que tous mes cris , qu'ils ne pouvoient enlendii Les Français éperdus volent pour le défendre, (^jniljien l'amour encore eipbiasoit leur valeur! Pour leur père commun ils avoient tous mon cœur! Mais, toujours plus fatal pour les plus maj^iianimes, Ce foudre inépui.sable entasse ses \ictinies; Et nos rangs écrasés par ses feux renaissants, Ne sont qu'un long monceau de cadavres fumants. Sur les restes épars de ce vaste carnage, Le glaive a de la flamme achevé le ravage; Et de; Anglais vainqueurs, en détestant ses jours, Mon père enfin reçoit des fers et des secours. C'est au fils d'Edouard, jaloux de sa vaillance. Qu'on dit qu'il a rendu les débris de sa lance
SAIXT-PIEKRE.
Quel sort! autant que vous je m'en dois affliger. Mais ma bouche frémit dé vous intorroger, Madame. Je fus père... Ah ! ce combat fuueste M'enlève-t-il encor le seul fils qui me reste?
A LIEN OR
Je l'ai vu, malgré lui , porté par nos soldats. Qu'il inondoit du sang qui couloit de son bras. Tant qu'il a pu combattre, il fut uotre espérance.
SAINT-PIERRE
Il respire, et son sang a coulé pour la France !
(à pftrt. ) Double faveur des cieux qui se répand sur moi! J'ai donc un fils encore à donner à mon roi.
loo LE SIÈGE DE CALAIS.
ALIÉXOR, à part.
Dieu! l'admiration a suspendu mes larmes!
( à Saint-Pierre. ) O cœur vraiment f'rauçais! ô transport plein de charme Quand Vienne me quittoit pour ses devoirs cruels, Vous remplissiez vers moi ses devoirs paternels. Je le revois toujours daus votre ame intrépide; Quel cœur auprès de vous peut être encor timide?
SAINT-PIERRE, voulant Sortir.
Je cours sur les remparts recueillir nos débris.
ALIÉ.NOR, l'arrêtant.
Demeurez. C'est un soin qu'Auréle a déjà pris. L'Anglais est retiré; son camp paroit tranquille: Tout est en aùrefé sur les murs de la ville. Mais du sort de mon père il faut nous occuper: Au courroux du vainqueur pourra-t-il échapper? Pour savoir ses destins ma frayeur et mou zèle Députent vers l'Anglais un écuver fidèle. Pardonnez! ses périls, présents à mes douleurs. Ébranlent mon courage et m'arrachent des pleurs. Vous le voyez, hélas! sage et brave Saint-Pierre, Edouard, peu content du trône d'Angleterre, Veut encor, dans Paris, hériter de nos rois; De sa mère avec faste il réclame les droits : Valois même à ses yeux n'est qu'un prince rebelle... s'il va punir mon père en sujet infidèle ?
SAINT-PIERRE
Edouard des Français cherche à gagner les cœurs, Et non à les aigrir par d'injustes rigueurs. Mais si de son courroux la prompte violence