ACTE I, SCÈNE VI
■Sous nos toits enflammés s'élancer avec vous... Qu'Edouard n'ait conquis, dans une année entière, Qu'un stérile monceau de cendre et de poussière; Que le parjure Harcourt, confus, désespéré, Recounoisse les cœurs dont il s'est séparé; Qu'il en meure de honte, et que mon digne père Me pleure, en m'admirant... comme il pleura mon frère; Enfin , qu'au sein des feux qui vont nous dévorer, Où notre gloire encor va se voir épurer, Nous puissions dire au moi ns , que , sans changer de maître , Cessant d'être Français, Calais a cessé d'être.
adrÉle, à port.
O noble emportement! désespoir de l'honneur, Qui ranime mes sens et passe dans mon cœur!
( attx bourgeois. ) Oui , d'un œil inquiet la France nous contemple, Et son sort désormais dépend de notre exemple. Il faut, pour relever ses peuples abattus. Hors du terme commun leur montrer des vertus. Pour chasser de nos bords ce vaillant insulaire, Pour ravir notre sceptre à sa race étrangère, Prouvons-lui que son bras peut nous anéantir, Peut nous réduire en poudre, et non nous asservir. L'Anglais nous enviera nos sépulcres de flamme. Si d'une foible argile il affranchit son ame. S'il brave la nature et l'ose surmonter. Notre amour pour nos rois peut aussi la dompter. ( // veut sortir, inais il jji-end la main de son père et
s'arrête. ) Courons... Mais je verrai, par des flammes cruelles,
io8 LE SIÈGE DE CALAIS.
Dévorer cette tête et ces mains paternelles!... Je ne le verrai point... ils en frémissent tous... Plus jeune , je saurai m'y plonger avant vous.
( // veut encore sortir.)
SAINT-PIERRE
(l'arrêtant.) ( aux bourgeois. ) Demeure. O mes amis! c'est le ciel qui m'inspire : Vous vivrez. J'ai sauvé des héros que j'admire. Au monarque, à l'état, conservez vos grands cœurs.
( à Aliénor. ) Déclarons à l'Anglais vos projets destructeurs; Offrons d'y renoncer, de lui rendre la ville. Et l'or, et ces dépôts de richesse inutile, S'il nous laisse partir, gueiriers , femmes, enfants, Et porter tous au roi nos services constants. Je conçois d'Edouard la rage frémissante : Pour sauver sa conquête il faut qu'il y consente. Eh ! qu'importe à Philippe, en ses uohles projets, De perdre des remparts, s'il garde ses sujets? Abandonnons pour lui nos biens, notre patrie, Sacrilice plus grand que celui de la vie. Son malheur nous appelle auprès de ses drapeaux, Oublions nos revers dans des périls nouveaux; Qu'il remette en nos mains , aux combats exercées, Ses remparts les moins sûrs, ses villes menacées, Et qu'en nous y trouvant les Anglais rebu^tés Reconnoissent Calais dans toutes nos cités.
( montrant les bourgeois. ) Madame, à ce discours vous voyez que la joie. Comme sur votre front, dans leurs yeux se déploie.