‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 94 sur 325 · ACTE II, SCÈNE V. lai · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V. lai

N'ont pas seules le droit de mépriser la mort. Allons; il faut armer vos compagnes chéries; Ou réservez le fer pour vos mains aguerries. Tandis que les flambeaux (jui vont brûler Calais Seront lancés par nous sur le camp des Anglais. Ah! peut-être, en voyant l'ardeur qui nous anime, Harcourt y mêlera sa fureur légitime,

(à Mauni. ) Et saura, vous privant d'un bras toujours vainqueur. Vers la justice enfin ramener le bonheur.

{Les bourgeois veulent encore sortir.) SAINT-PIERRE, retenant les bourgeois.

Français, où courez-vous? Quel transport vous égare? L'héroïsme en vos cœurs ne peut être barbare...

( à Aliénor et à Amblétuse. ) Pardonnez, votre avis est par moi combattu: Un long âge m'apprit l'emploi de la vertu ; Sous des cheveux blanchis la valeur est tranquille; Elle perd quelque éclat et devient plus utile.

[aux bourgeois. ) Vous voyez qu'Edouard nous rend à notre roi : C'est le plus doux espoir qui flattât notre foi. Comptables de nos jours au monarque, à la France, Irons-nous, dans l'ardeur d'une altière imprudence, Perdre uu peuple si cher, que l'on peut conserver, Puisque enfin six mortels ont droit de le sauver? Je sens qu'avec justice on craint l'ignominie De livrer des Français à qui l'honneur nous lie ; Mais, pour fuir celte honte , il est un choix permis: Je livre le premier... moi-même,

A u R È L E , vivement.

Et votre fils!

SAI?.T-PIERRE

Oui, tu dois partager la gloire de ton père.

A u R È LE , à part , en se jetant aux pieds de son

père.

Grand Dieu! qu'en ce moment ma naissance m'est cb

A M B L É T u s E , « part.

Patrie, ah! tombe aux pieds de ton libérateur! Que dis-je? en la sauvant, il lui perce le cœur. O sacrifice affreux, plein d'horreur et de charmes!

{ à Saint-Pierre. ) En attendant mon sang, ami, reçois mes larmes.

( à Mauni. ) Seigneur, je vois qu'ici les plus braves mortels Aux yeux de votre roi sont les plus criminels. Ce sont eux, les premiers , que sa haine menace...

( montrant Saint-Pierre et Aurèle. ) Après ces deux héros il a marqué ma place. MAUNI, à part, les larmes aux yeux. Dieu! que ne suis-je né dans les murs de Calais?

ALI EN OR, le surprenant, et avec vivacité, aux bourgeois.

Citoyens, jouissez des pleurs de cet Anglais. Plus faite à vos vertus, en paix je les contenvfile ; Mais leur plus digne éloge est d'en suivre l'exemple. Oui...

SAINT-PIERRE, l'interrompant, très vivement. Madame, arrêtez. Je conçois votre espoir. De nos sexes ici distinguez le devoir.

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