COURTISANS
LE ROI
Que chacun se retire , et qu'aucun n'entre ici. Bombance, demeurez, et vous , itipaille, aussi. Cet empire envié par le reste du monde ,
i32 LE ROI DE COCAGÎSE.
Ce pouvoir qui s'étend une lieue à la ronde ,
N'est (jue de ces beautés dont l'éclat éblouit.
Et qu'on cesse d'aimer sitôt qu'on en jouit.
Je ne suis pas beureux tant que vous pourriez croire.
Quel diable de plaisir, toujours manger et boire !
Dans'la profusion le goût se ralentit :
Il n'est, mes cbers amis, viaude que d'appétit.
Je me lasse sur-tout, amant de tant de belles.
De ne pouvoir trouver quelques beautés cruelles,
De ces cœurs de rocher qui s'arment de rigueurs.
Qui par leur résistance excitent les ardeurs,
Et dont on n'obtient rien à moius qu'on ne le vole :
Ou dit que de l'amour c est là la rocambole.
Je suis donc résolu , si vous le trouvez bon ,
De laisser pour uu temps le trône à l'abandon.
Le trône ce|iendant est nue belle place :
Qui la quitte la jierd. Que taut-il que je fasse?
Je m'en rapfwrte à vous , et , par votre moyeu.
Je veux être emjjereur, ou simple citoyen.
Sire, je l'avouerai, c'est une triste vie
De voir à tous moments prévenir son envie ,
Et des plus Friands mets l'estomac toujours plein ,
N'avoir pas le loisir il'avoir ni soif ni faim :
Les plaisirs ne sont doux qu'après un peu de peine.
Quittez donc pour un temps la grande. ir souveraine,
Par troji il'oisiveté vos membres vous sont vains :
.S€nez-\ous de vos pieds, faites agir vos maius,
Kt jMiur trouver du goût a faire bonne chère.
Jeûne/, deux ou trois jo.irs; ce n'es^ pas uue alfaire.