‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 119 sur 221 · ACTE il, SCENE VII. i · texte numérisé non relu

ACTE il, SCENE VII. i

FORTU.NATE.

Ici l'on ne craint point un fâcheux avenir, Et comme on rajeunit sans perdre la mémoird, Des cinquante ans passés on rappelle l'histoire; On prévient les périls , on sait se dérober Des pièges des amants où l'on a pu tomber.

ZACORI.N.

Quelques uns autrefois vous ont-ils attrapée?

FORTUN ATE

oh que oui , mon enfant ! j'ai tant été trompée ! Mais je suis aguerrie ; et , pour tout dire enfin , Qui voudra m'attraper se lèvera matin.

ZACORIN.

Si bien donc désormais qrie vous serez plus fine, Et vendrez votre sou mieux que votre farine. Si de votre mémoire il n'est point effacé. Faites-nous un récit de votre temps passé.

FORTONATE.

Volontiers. A quinze ans je fus trop innocente;

Je pris ce qui s'offroit, d'une ardeur imprudente.

C'étoit un écolier, jeune, joli, bien fait;

Mais le petit fripon étoit un indiscret.

A vingt ans j'en pris un qui me parut plus sage;

Mais il étoit jaloux, jaloux jusqu'à la rage.

A trente ans je fis choix d'un vieillard amoureux;

Il s'efforçoit en tout de prévenir mes vœux :

Le bon homme faisoit tout ce qu'il pouvoit faire ;

Mais tout ce qu'il pouvoit n'avoit pas de quoi plaire.

Enfin sur mes vieux jours voulant goûter de tout ,

Et des vieilles du temps me conformer au goût , Je pris un petit-maître. Ah ! la maudite engeance ! Qu'il m'a fait de chagrin et causé de dépense ! Pour me récompenser de mes soins bienfaisants , Il en entretenoit une autre à mes dépens.

A présent des amants coiinoLssant le manège, Bien huppé qui pourra vous attraper au piège. Et vous, ma belle dame, à votre air sérieux, On pourroit présumer «jue vous avez fait mieuï.

FÉLICINE.

Encor pis. En prenant un chemin tout contraire ,

Jusques à quarante ans je fus prude et sévère;

J'accablai de rigueurs les plus tendres amants.

Je méprisai leurs soins, leurs doux empressements.

A la fin se lassant de me voir inhumaine.

Ils désertèrent tous, et brisèrent leur chaîne.

J'en fus piquée au vif, à ne vous rien celer,

Et voulus, mais trop tard , enfin les rappeler.

J'avois pris leur amour, eux mon indifférence;

Leurs yeux étoient ouverts, et les miens sans puissance.

Lorsque je me vis seule et sans adorateurs.

Que je me repentis de toutes mes rigueurs !

Z A COR IN

Dieu sait si vous allez , ajirès cette aventure , Vous bien dédomjuager ?

FÉLICINE.

Oh ! je vous en assure.

FOBTUN ATE.

H faudra désormais nous conduire avec art :

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