ACTE III, SCENE VII. i8i
OUILLOT.
Morgue ce trône est haut, et j'en crains fort la chute : Ne me faites pas faire au moins la cuiebute.
ZACORIN.
Votre seule vertu vous y fait parvenir.
Et nous mettrons nos soins à vous y maintenir.
LE ROI, ôtant sa couronne.
Cette couronne est due à votre auguste tête.
G U IL LOT
Ah ! mon auguste tête est, sire, toute prête. Morgue, boutez dessus.
LE ROI
Prenez ce sceptre en main.
GUILLOT
Fort bien, me voilà donc à présent souverain?
ZACORIN, ôtant le manteau du roi.
Quand ce manteau royal sera sur vos épaules.
GUILLOT
Cette cérémonie est morgue des plus drôles; Jamais si plaisEimment je ne fus habillé. A quel jeu jouons-nous?
ZACORIN.
C'est au roi dépouillé.
Que parlez-vous de jeu? vous croyez qu'on se raille? Montez , montez au trône.
GUILLOT, montant sur le trône.
Allons, vaille que vaille.
ZACORIN.
Ce monarque est bien fou, mais je trouve aujourd'hui
i82 LE ROI DE COCAGNE.
Que le pauvre (iuillot est aussi fou que lui.
LE ROI
Votre nom?
GUILLOT
Cest Guillot, sire, à votre service.
LE ROI
Que de ce nom fameus Cosigne retentisse. Et qu'au sou de la trompe on entende crier : Vive le roi Guillot! vive Guillot premier!
GUILLOT, sur le Itxine.
Vous souhaitez quii vive, eh bien! à la bonne heure. Et moi je tâcherai d empêcher qu'il ne meure. Morgue , que de plaisir! te voilà roi , Guillot, Tu vas boire pargueune à tire-larigot ; Tu dormiras trois jours si tu veux tout de suite; Personne n'aura rien à voir à ta conduite; Drés que tu parleras, comme t'as de l'esprit. Tout chacun s'écriera : Morgue que c'est bian dit ! Droits comme des piquets , campés dans ton passage , Les courtisans flatteux viendront te rendre hommage. Les beautés de la cour s'en vont être à ton choix. Tu n'auras qu'à chifler et remuer les doigts, Tretoutes sen viendront sans faire les rétives... Morguenne, que les rois ont de prérogatives!