SCENE XII. 8i
Je ne sais pas comment je suis encore en vie.
DAM ON
Ne vous affligez point, Léonor, je vous prie; Vous me percez le cœur : songez que vos attraits Pourroient par tant de pleurs se perdre pour jamais.
MARIN
Elle en a déjà bien perdu; l'état funeste...
D AMON
Pour un aveugle , hélas ! c'est trop que ce qui reste. Après tout, ces attraits que tu dis si changés, J'aurois plaisir peut-être à les voir dérangés : Une beauté bizarre a souvent l'art de plaire , Bien plus que ne feroit une plus régulière.
MARIN
Vous devez donc , monsieur, ne vous chagriner point; La beauté de madame est bizarre à tel point...
LA TANTE
Enfin, de ma beauté quoi que vous puissiez croire, Sur bien d'autres on peut me donner la victoire; Pour mon esprit, il est augmenté des trois quarts : Ou m'en fait compliment aussi de toutes parts.
■ DAMON
Ah , madame ! on sait trop que c'est une merveille.
De mille doux propos remplissant votre oreille ,
Je vous consolerai d'avoir perdu les yeux :
Je veux être avec vous en tous temps, en tous lieux.
DAMON
Que j'aurai de plaisir ! Hâtez donc cette affaire , Et courez promplemeiit chez le premier notaire.
Mettez dans le contrat tout ce qn'il vous plaira : Laissez mon nom en blanc, qu'ici l'on remplira; .l'ai mes raisons, qui sont de peu de conséquence : Pour vous, signez toujours, et faites diligence.
LA T.\NTE.
J'y vais , et dans l'instant je serai de retour.
iM A R 1 N , bas , à 1(1 tante.
Prenez, quelque notaire éloigné du carfour, Et qui ne puisse ici reconnoître personne.
LA TANTE, bos , à Mariii.
C'est tort bien avisé; la prévoyance est bonne. Lorsque j'aurai signé , j'enverrai le contrat. Et ne paroîtrai point de peur de quelque éclat : Il pourroit survenir des amis de ton maître, Qui me reconuoissant gàteroient tout peut-être.
DAMON
Vous n'êtes point partie? Ah! ce retardement A mon cœur amoureux est un nouveau tourment, liéponde/., Léonor, à mon ardeur extrême.
LA TA.NTE.
J'y vais, j'y cours, j'y vole, et je reviens de même.