SCENE 111. ii
LA FARIMÈRE.
Eh ! c'est la faute des acteurs ,
De fpii l'envie , ou la malice ,
Ou l'ignorance , ou l'injustice ,
Écarte tous les bons auteurs, i; É M o T.
Pour qu'eu votre faveur le public s intéresse , Et puisse être contre eux justement indigue,
Faites imprimer quelque pièce,
Voilà votre procès gagné.
LA FARIMÈRE.
Ehl neconnoît-on pas aussi la f;mtaisie
Des injustes approbateurs?
Qui ne sait que leur jalousie
Passe encor »;elle des acteurs ?
Ils appréhendent tous qu'un sublime génie Ne s'élève au-dessus de leurs productions , Et le trouvant en moi, poussent leur tyrannie Jusqu'à me refuser leurs approbations.
Je veux escalader aujourd'hui le Parnasse, Et demander justice au divin Apollon.
Il n'appartient qu'à lui de me donner la place
Qui m'est due au sacré vallon.
Oui, c'est à toi que j'en appelle, Souverain protecteur du mérite affligé ; Tu ne peux mieux montrer ta puissance immortelle.
Qu'en faisant que je sois vengé.
LA MUSE
Il faut qu'en ton calcul , mon aini , tu t'abuses.
ii6 PROLOGUE.
Si tu nous disois vrai, crois-moi , Tu verrois dans l'instant Apollon et les Muses
Accourir au-devant de toi.
Que dis-je? on me verroit moi-même Rentrer dans mon Ijourbier pour te laisser monter ;
Car ma foiblesse extrême Au merveilleux , au bon ne sauroit résister : Et s'il se peut trouver, comme l'on m'en menace, Quelque génie heureux dont les productions Attirent du public les approbations , On me verra bientôt abandonner la place. Mais que vois-je? Thalie ! Ah ! pour le coup, ma foi,
Je })ense que c'est fait de moi.
Elle a l'air enjoué plus qu'a son ordinaù-e ;
Sans doute qu'elle eira sujet :
Un noir pressentiment me dit qu'elle va plaire. Au secours ! Je ne puis soutenir son aspect.
PLAISANTI NET.
Madame , d'où vous vient cette terreur paniijue ?
LA MUSE
( Elle s'enfonce dans le bourbier. ) La voix me manque; adieu, je tombe, c'en est fait.
PLAISANTIN ET
■le n ai plus désonnais qu'a fermer la boutique. Quu vais-je devenir, hclas!
De quel toti- tourner mes pas?
PROI.OGUE. 117