ACTE m, SCÈNE VIII
« que nous croyions un fait si extraordinaire?...» Parceque je l'atteste, moi, le comte de Bruxhal, président des états de Thuringe , comte du Saint- Empire, commandeur de l'ordre Teutonique, directeur f[énéral... (^L'acteur doit distiiicjuer avec soin le ton du comte et celui du directeur. ) « Eh «bien! tout cela ne fait qu'un témoin, et nous « avons cent preuves. ..Enlin l'affaire est jugée...» Je le menace de voir le roi , et en effet je le verrai. Admire ma modération et son impertinent laconisme... «Voyez-le, monsieur...» Sur quel rapport a-t-il fait juger cette affaire?... « Sur les « nôtres...» On auroit bien dû nous consulter, au moins... « L'affaire étoit claire...» Oui, monsieur le directeur, claire, et très claire ; et nous paierons notre dette à Téleim... «Et votre billet à « nos grenadiers... » Comment, comment, monsieur le directeur! à vos grenadiers en temps de paix?... «Cela n'y fait rien...» Il me tire une froide révérence, qu'il accompagne d'un froid « Serviteur...» Je l'envoie au diable; je lui tourne le dos sans le saluer : et me voilà.
Ah! mon oncle, Teleim est perdu!
LE COMTE
Est-ce ma faute à moi, si tous ces gens-là n'entendent pas raison?... Mais, la la... il y a du
i4o LES AMANTS GÉNÉREUX,
remède à tout ceci, et le roi... Mais qu'avonsnous besoin, le major et moi, du roi?... Téleim n'a qu'à abandonner sa patrie, et venir avec nous...
Quoi! vous consentiriez, mon oncle, maigre' son malheur?...
LE COMTE
Oui : on ne croira pas au jugement du directoire de Berlin, quand on saura que le comte de Bruxhal a donné sa nièce à l'accusé.
MINNA
Non, sans doute, mon oncle.
LE COMTE
Il faut chercher Téleim.
MINR A.
Il est ici.
Comment?
LE COMTE
MINNA
C'est cet officier que nous avons délogé.
LE COMTE
Et dont ce coquin d'hôte parloit tantôt si mal? Ah! je lui apprendrai... (Se retournant, levant la canne, et faisant quelques pas , comme pour l'aller étriller, puis revenant a Minna.) Envoyez-