ACTE I, SCÈNE II
MARTHON.
Je partois aussi , Pour ue pas rester seule.
LE CHEVALIER
Ah ! je conçois ceci.
Au surplus, je me ris de tes mauvais offices; On te dispense enfin de tes loyaux services. Amis, comme ennemis, tout m'est indifférent
Auprès de ta fausse maîtresse ;
Et je la quitte en ce moment.
Bien dégagé de ma foiblesse.
Tu peux de mon départ l'assurer de ce pas.
MARTHON.
Je m'en garderai bien ; vous ne partirez pas.
LE CHEVALIER
Je ne partirai pas !
Pourriez-vous vous résoudre A nous quitter un seul instant?
Si vous partiez comme le vent, Votre retour seroit aussi prompt que la foudre.
LE CHEVALI ER.
Non, non, plus de foiblesse ; et d'ailleurs, sans détour,
J'obéis à l'ingrate en quittant ce séjour.
Elle vient à l'instant de me faire une scène
Que je n'oublierois pas quand je vivrois cent ans.
L'amour à sa toilette avec transport m'amène.
Et voici dès l'abord ses propos obligeants:
« Floridor, Marsin, et Thémine, " V'iennent de s'éloigner, en disant hautement
i88 LE JALOUX.
<i Que c'étoit votre humeur inégale et chagrine
« Qui les faisolt partir ainsi subitement.
« Je vous avouerai donc , monsieur , que leur absence Il Ne me fait pas moins de chagrin K Que votre éternelle présence;
« Et vous m'obligeriez de suivre leur chemin. »
« Aussi, plus poli qu'eux, puisqu'il faut vous le dire, Il Je viens prendre congé de vous, Il Lui répliqué-je, et me retire.
Il Édifié d'un traitement si doux. »
« Bon voyage. » A ces mots, tout mo4i dépit éclate;
Je lui donne les noms de parjure et d'ingrate.
Mais on n'est point en reste; et, loin de m'arréter
En changeant de langage, on songe à m'irriter , En m' accablant, avec une mémoire
Et des traits offensants qu'on aura peine à croit e.
Des récits détaillés, aggravés méchamment,
De mille petits torts que l'on n'a qu'en aimant.
Le reste est oublié... Tu juges de ma rage.
Ma mémoire , à sou tour , fait aussi des efforts; En répliquant je me soulage;
Et nous nous rappelons fidèlement nos torts.
MAUTHON.
Bon ! ce sont là des assauts de franchisa Qui resservent le,s nœuds de la société.
LE CHEVALIER
Valsain, que je croyais à Paris arrêté...
PASCJUIN.
Voilà du neuf.