LE BARON, LA MARQUISE, VALSAIN
V ALSAIN.
Ah! vous voilà, baron, et la chère cousine?
Eh! qui peut vous conduire à cette heure au jardin?
LE BARON"
Ce qui vous y conduit vous-même à la sourdine;
c'est le nouvel amour de notre paladin.
Ma nièce n'en croit rien, et je veux la confondre.
VALSA IN
Je ne sais pas s'il aime éperdument:
Mais à des faits qu'aurons-nous à répondre? Si l'amour en ces lieux les mène en ce moment, Le rendez-vous est pris ; et cette extravagance,
Dont la marquise aime à douter.
Demandez au baron qu'on ne peut suspecter, N'étoit point échappée à mon intelligence.
Oui , j'ai vu d'un premier coup d'œil
Que notre chevalier plaisoit à la comtesse: Et femme tendre invite notre orgueil A promptemeiit répondre à sa tendresse.
Je sais que ma parente a de bonnes raisons Pour être sur ce fait jusqu'au bout incrédule; Et, s'il u'étoit certain, je me ferois scrupule De jeter dans sou coeur de malheureux soupçons. Msàs contre un ennemi qui ne sait que trop plaire , il faut bien être eu garde, et s'étayer de tout; Et l'amitié ne doit jamais se taire.
LA MARQUISE
La raillerie est fort de votre goût.
Et personne à vos traits n'échappe ; Mais , comme à tort sur moi cette fois elle frappe ,
Vous saurez donc, monsieur Valsain, Que ne voulant donner mon cœur qu'avec ma main. J'avoue avec franchise, et sans craindre le blâme, Un goût qui n'est pas fait pour avilir mon ame : Mais, si le chevalier n'est pas digne de moi, Je renonce au projet de lui donner ma foi, Et viens ici , sans alarmes , sans transes , Sans croire à vos extravagances , Voir tout ce qui se passe, et juger par mes yeux-
VALSAIN.
Quoi! vous prenez ceci d'un ton bien sérieux. Je vous ai parlé, moi, de votre goût, marquise, l'arceque la raison, l'honueiir, tout l'autorise. Et qu'un projet d'hymen est un fort beau projet.
Quant aux amours de la comtesse, X ceux du chevalier, je ne suis qu'indiscret;