‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 30 sur 208 · SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

SCÈNE Vil

MADAME LISBAN, LINDOR, MARTHON.

( Marthon pendant cette scène sort , rentre, fait arrannei une collation dans le fond du théâtre. )

Mine II SB AN.

Que faites-vous ?

On fait ses adieux quand on part.

Mtne USB AN.

Je le \ois. Enfin donc vous partez pour l'armée?

LINDOR

Oui, cousine.

Mille LISBAN.

Votre ame en paroît bien charmée?

Audacieux amant, soldat vraiment français, Je n'ai jamais formé que deux ardents souhaits, De réduire une belle et venger ma patrie. La moitié de mes vœux sera bientôt remplie : Je pars, et je vaincrai. J'espère à mon retoui Joindre aux lauriers de Mars les myrtes de l'Amour.

Mine LISBAN.

Lindor...

LIN OCR.

Présentement je n'ai pour avantage

SGENK VII.

Que des airs écoliers, ma figure, mou àye; Aussi vous lue traitez comme ou traite uu enfant. Mais quand je reviendrai glorieux, triomphant, l'rëicde du récit de mes hautes merveilles, Dont on aura cent fois étourdi vos oreilles. Votre cœur, palpitant de plaisir et d'amour, Me pourra-l-il alors refuser du retour?

Que sait-on, ma cousine? Ah ! si par aventure. Je reveuois couvert d'inie heureuse blessure... Ah! qu'un amant blessé me semble intéressant'. .Si j'étois femme, moi, si j'avois un amant, Ce seroit ma folie. O dieux! avec délices. Je me retracerois ses uoblcs cicatrices; J'aurois à les compter un plaisir inouï, lit j'en serois moi-même orjpieilleuse pour lui. Je reviendrai blessé; n'eu doutez point, cousine. Et vous n'y tiendrez pas.

M"ie LISE AN.

Ce discours m'assassiue.

Allez, jeune insensé, faites votre devoir; Mais cachez-moi des maux que je n'ose entrevoir. J'ai bien assez de peine à soutenir l'huage Des dangers infinis...

Il faut tout mon courage l'our pouvoir me résoudre à m'eloigner de vous. .\dieu , belle cousine, adieu, séparons-nous. Souvenez-vous un peu d'un codsin qui vous aime : Il reviendra fidèle, et digne de vou.s-méme,

Le cœur préoccupé de vos divins appas.

S'il est tué pourtant, il ne reviendra pas :

Mais on vous remettra de ma p:irt des tablettes.

De mou amour pour vous confidentes discrètes.

C'est une chose à voir que ces tablettes-là:

C'est de l'amour pour vous, on n'y voit que cela;

Votre nom est par-tout ; les pages sont remplies

De ce que nous avons dit ou fait de folies;

On y voit quel beau jour nous nous sommes connus.

Les heureux jours depuis où nous nous sommes vus.

Si c'étoit dans un cercle, ou bien en téte-à-téte;

Ces derniers sont marqués comme des jours de fête.

Les heureux à-propos, les maudits contre-temps.

Nos petits démêlés sans raccommodements,

Mes larmes, mes regrets, mes soupirs, mes œillades.

Vos soufflets d'ordonnance après mes embrassades.

Mes serrements de mains ^ mes battements de cœur

Y sont comptés, datés dans un ordre enchanteur.

Mine LISE AN.

Il faut brûler, cousin, de pareilles sornettes.

LINDOR

On me brûleroit vif plutôt que mes tablettes.

[Marlhon se rapproche ici de madame Lisban et de Lindor. )

M>"<; LISBAN.

Laissons cela, Lindor, et changeons de discours.

Voyons, que dirions-nous de mieux que nos amours?

.VI»"-* LISBAN.

Soupez-vous aujourd'hui?

SCKNE Vil 23

I, I NDOn.

Question fort toiicliante!

Je ilrvrois pour cela vous quitter, ma parente.

Mn>e LiSBA>'.

Vous ne feriez pas mal de suivre ce dessein ; Car je ue soupe pas et vous mourrez de faim.

lion! il mourra de faim? A-t-on faim quand on aime? Nous soupons en malade, il soupera de même.

( On apporte ici une collation. ) Allons... Qu'en dites-vous?

I, INDOR.

Je ne chan^'erois pas Ce dessert de l'amour, pour le plus beau repas. Mais à propos... Comment... Qu'avez-vous?

Mille LISBAN.

La migraine; Et comme mon époux est allé chez Dormène,

(à Marllion. ) J'étois... Mais es-tu folle? Il faut changer cela.

LI N DOR

Tout comme vous voudrez ; pour moi je reste là. Asseyons-nous, cousine : et toi , fais le service. Nous aurons là vraiment un l)eau garçon d'office. .\llons, point de façons... Que cet instant est doux. Cousine , où je me vois tête à tête avec vous ! Je crois avec ma femme être dans mon ménage; i;lle n'est pas parée, et m'en plaît davantage. Iii simple négligé [)ar l'amour inventé lli'léve innocemment l'éclat de sa beauté;

Et je me flatte encor qu'on a pris pour me j)!aiie Le frais ajustement d'une simple bergère. Eh! pensez-vous aussi ffue je sois votre époux?

Mlle LISBAN.

Qu'y pourriez-vous gagner?

UNDOR.

Des droits.

Mme LISE AN.

Y pensez-vous?

Valent-ils les refus qu'une femme estimable Fait souvent à l'amant qu'elle trouve adorable? Mais qu'avez-vous, Lindor, qui vous afflige ainsi? D'où vient que tout-à-coup votre front obscurci?...

LINDOR

Ah ! vous ne m'aimez pas.

Mine LISBAiN.

Non comme vous , sans doute :

Je m'en garderai bien.

MARTHON.

On sait ce qu'il en coûte.

Mine LIS BAN, lui présentant quelque chose. Tenez.

LINDOR

La belle main!

M'iie LISBAN.

Finissez, Lindor.

LINDOR

Non :

C'est trop me retenir, vous m'en ferez raison;

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