ACTE 1, SCKME III
«taire; tous nos citoyens, les mains jointes et « levées vers lui , l'implorant au nom de l'Etre «suprême, de l'humanité, et de vous-même, «sire, attendoient ce qu'il alloit résoudre, la « (lamme, le pillage, et la mort, qu'il retenoit en- «rore, et qu'ils voyoient errer autour de lui: « Téleim écarte cette scène d'horreur, porte la «joie et la consolation dans l'ame de tant,, de «malheureux, délie en pleurant les cordons de « sa bourse et complète av^c eux la somme que « vous en exigiez. Voilà la dette des Saxons et le « crime du major Téleim ; la reconnoissance que «tout un peuple lui a signée à genoux, et non, «comme on a voulu le faire cioire ici, le sa- « laire de ses perfides complaisances envers les «bailliages. Que votre majesté répare ses torts; « c'est le plus beau droit de l'autorité et la plus « belle action que puisse faire un souverain. « Qu'elle les répare, ou nous les réparerons pour «elle. Oui, votre majesté peut garder le billet « que nous avons fait à Téleim , et que la calora- «nie et la bassesse ont porté au pied de son « trône; mais nous paieron.*; toujours à ce brave « ofTicier les deux mille pistoles qu'il nous a « avancées, et rien n'effacera jamais la recon- I' noissance de nos coeurs. »
go LES AMANTS GÉNÉREUX.
MINNA
Ah! mon oncle, que vous êtes bon et généreux! On voit combien la vertu vous enflamme. Mais prenez garde d'irriter notre juge : il faut parler aux rois avec tant de ménagement!..
LE COMTE
Eh! pourquoi donc? Tous ces ménagements trahissent toujours la vérité; et je ne mets audessous de celui qui approche des rois, et la leur déguise, que le souverain qui ne veut pas l'entendre.
MINNA
Mon oncle, vous avez raison ; mais vous aimez Téleim, et vous devez craindre de le compromettre en voulant le servir.
Qu'est-ce à dire, le compromettre en voulant le servir? Me prenez-vous pour un sot, un idiot? Ah ! voilà comme les enfants en veulent toujours savoir plus long que nous! Eh bien! servez Téleim , conduisez cette grande affaire ( le comte s^assied) ; je ne m'en mêle plus.
FANCHETTE, à part.
Elle n'en iroit pas plus mal.
MINNA
Mais, mon oncle, vous ne comprenez pas. Une réflexion...
ACTK I, SCEM'. III. (ji
LE COMTE
Je réflt-cliis tout seul... Je suis bien bon «le ine vionner tant de peine et de tracas!...
MINN A.
Vous aimez à obliger, mon cher oncle...
LE COMTE
sOui, c'est vrai, c'est mon foible; mais je veux qu'on me laisse faire.
F \ N c H E T T E , à part.
Nous y avons cte tant de fois trompées !
LE COMTE
Qu'on ait confiance en nous...
C'est juste.
Qu'on me laisse réfléchir tout seul...
FANCHETTE, h part.
Le moyen de vous en empêcher?
LE COMTE
Et qu'on ne croie pas enfin avoir plus d'esprit que moi.
MINN A.
Je n'en ai jamais eu l'idée.
FANCHETTE
Ce seroit conscience.
MINN A.
Mon oncle, mon cher oncle, soyez jîersuadc...
gi LES AMANTS GÉNÉREUX.
LE COMTE
Voilà qui est bien. Taisez- vous donc, et me laissez faire. Je t'ai promis de courir après Téleim, et j'y cours aussi, malgré ma goutte, parcequ'il te convient et me convient également. C'est pourtant un homme singulier, que ton Téleim... Te refuser parceque tu es trop riche!... L'action est belle, au reste, et me pique de générosité. Oh ! je le servirai, je le servirai.
MINN A.
Que de grâces...
Oui; car je t'avouerai que je ne suis pas trop curieux de me présenter devant le roi de Prusse, parceque j'ignore comme il me recevra. Il n'aime que les militaires et les gens de lettres, ce princelà. Je ne suis plus l'un, je ne serai jamais l'autre; je n'ai pas envie de déroger à mes seize quartiers , et de me rendre homme de lettres pour lui faire plaisir... N'ai-je pas vu des Algarotti, des Maupertuis , des Voltaire , dans ses équipages. Eh! qu'est-ce qu'ils prouvoient, ces gens-là?
MISNA.
Téleim vous a fait cependant plusieurs fois convenir que la science...
LE COMTE
Je ne suis jamais convenu de rien avec lui. 1|