JUSTIN, VERGER
J'apporte de l'argent à monsieur le major, et je vais faire la guerre aux Tartares, aux Cosaques, aux Calmoucks.
JUSTIN
Qui sont ces animaux-là?
VERNER
Vous avez entendu parler de Pugast-chew.
JUSTIN
Non; qu'est-ce qu'un Pugast-chevv?
VERNER
c'est un chef de révoltes, et je n'aime pas ces gens-là, moi. Je vais me joindre aux Russes pour le mettre à la raison. Dieu soit loué, qu'il y ait au moins guerre en quelque coin du monde! J'esperois qu'on reromnienceroit en Allemagne, mais on n'y fait que des camps, des revues ; et jo
io4 LES AMANTS GENEREUX,
veux des batailles, moi. Oui, Justin, né soldat, soldat je veux mourir. Je vais taire une campagne avec les Russes contre les Calmoucks et les Tartares. Je veux voir si ces gens-là valent nos Européens, nos Allemands, et sur-tout un soldat prussien.
JDSTIN.
J'espère que vous ne serez pas assez fou pour abandonner votre jolie terre.
VEBNER.
Je la porte sur moi : je l'ai vendue.
JUSTIN
Vendue?
VERNER
Oui ; j'en ai tiré hier deux cents ducats, et je les apporte à mon major.
JUSTIN
Eh! que voulez-vous qu'il en fasse?
VERNER
Qu'il les boive, qu'il les mange, qu'il les joue. Il faut qu'un homme comme lui ait de l'argent. G est bien affreux qu'on lui retienne si long-temps ce qu'on lui doit, et qu'on traite le plus honnête homme de l'armée avec tant d'injustice et de barbarie. Ah! si j'étois à sa place, j'enverrois ce service -ci au diable, cl j'irois avec Paul Vcrncr.