ACTE II, SCENE Iv
VERSER
Eh! mais, est-il bien vrai? ue me trompé-je pas? Quoi! c'est vous, madame la comtesse?
Oui, c'est moi-même, et je ne reviens pas de cet heureux hasard.
VEENER.
Mais je suis bien plus étonné de vous trouver ici. Qui vous amène?
MI.NN.\
Je viens consoler monsieur le major.
VERSER
Ah! madame la comtesse, vous voilà bien là; et vous valez mieux que tout le reste de la terre. Tenez, notre régiment est en garnison ici. Il n'y a pas un officier du corps que monsieur le major n'ait obligé, et les ingrats l'évitent tous depuis sa disgrâce.
MINN A.
Ah dieu! quel coup pour sa sensibilité!
VERNER
11 leur rend mépris pour mépris : mais son ame est blessée, et il n'y a que voujs qui puissiez le guérir.
MINN A.
A-t-il douté de ma tendresse?
iio LES AMANTS GÉNÉREUX-
VERNER
Ah ! il est tout occupé de son malheur.
MINN A.
Mais est-il irréparable? et le témoignage de nos états...
VERNER
Il ne veut pas le réclamer ; il dit qu'on le croiroit mendié, et que ses ennemis en tireroient de nouveaux avantages contre lui.
MINNA
Mais, si notre première noblesse venoit ellemême?
Vous amèneriez ici toute la Saxe, que cela n'avanceroit de rien. On commence bien à s'apercevoir qu'on a été trop vite ; mais on ne sera pas assez généreux pour revenir sur ses pas. Par exemple, on lui avoit détendu de sortir de Berlin ; on vient de lui rendre toute sa liberté. Eh bien ! il a répondu qu'il ne quitteroit pas la ville qu'il n'eût confondu ses ennemis, dussent-ils lui faire porter la tête sur l'échafaud. Cela s'appelle répondre.
MIIVNA.
Oli! je le reconnois bien là.
VERNER