ACTE n, SCENE VI. ii
FANCHETTE
Est-ce qu'on peut s'oublier, monsieur Verner?
VERNER
Cela n'est pas possible... Si je vous disois tout ce que nous faisions pour nous ressouvenir de vous...
FANCHETTE
Nous ne faisions rien, nous, et cela venoit tout seul... C'ëtoit à propos de tout, et à propos de rien.
VERNER
Et nous aussi.
FANCHETTE
Au milieu de la meilleure compagnie...
VERNER
Quand nous étions absolument seuls...
FANCHETTE
Madame me disoit : « Vois-tu rien là qui res- « semble à Teleim? »
VERNER
Nous disions : Autant ne voir personne, quand on ne voit pas madame la comtesse... et mademoiselle Fanchette.
F ANCH KTTE.
Si l'on faisoit à madame le récit d'une belle action, d'une action ffenéreuse... «Cela resscm- « ble à Teleim. »
VERNER
Et à Veriier aussi, avec votre permission, mademoiselle Fanehette.
F.VNCHETTË.
Ah! je le pensois bien de même, monsieur Verner... Et puis nous prenions une carte de géographie.
VERNER
Ah! et pourquoi faire?
FANCHETTE
Pour chercher où vous étiez. Nous vous suivions par-tout. Madame me disoit : « Ils sont ici, «ils sont là ; les Autrichiens sont campés en cet <i endroit, et les Prussiens en cet autre: il y aura «bataille aujourd'hui ou demain; monsieur le « major chargera à la tête du régiment. » VERNER, en se redressant.
Et Verner?
FANCHETTE
Je n'osois regarder, quand elle faisoit ces récits; nous tremblions comme des enfants, et nous pensions qu'il ne se tireroit pas un coup de fusil qui ne fût pour vous, monsieur Verner.
VEHNER.
Ah! mademoiselle, que de grâces!... Et quand nous étions d'un détachement, quand nous renversions des escadrons, enfoncions des lignes...