ACTE ni, SCENE \l. in
MI>N A
Quelle vertu? Notre amour.
TÉLEIM.
Il me fait trembler.
M INNA.
Il me rassure. Téleim, m'aimez-vous encore?
TÉLEIM.
Si je vous aime, Minna? Ah! cent fois plus que rnoi-méme.
MINSA.
Vous m'aimez, Teleim. . . . Vous avez votre Minna, et vous êtes malheureux! Ecoulez combien je suis vaine et sensible. Je m'étois imaginée que je sufHsois à votre bonheur.
TÉLEIM.
Il n'en est pas pour moi, privé de vous, madame. Je puis supporter mes disgrâces, m endurcir contre la cruauté et l'injustice des hommes; mais je ne survivras pas au coup qui nous sépare.
MISNA.
Eh! qui nous séparera? Sera-ce vous, Téleim?
TÉLEIM.
Ce sera l'honneur. Je ne suis plus ce Téleim que vous connûtes dans votre patrie , cet homme devant qui la carrière de l'honneur et de la for-
tune étoit ouverte; je suis un soldat disgracié, ruiné, perdu par ses ennemis; et je ne dois pas vous associer à mes malheurs.
MINNA
Et voilà précisément ce que je suis venue chercher.
TÉLEIM.
Il ne me faut plus qu'un désert.
MI SNA.
Et Minna? Je vous permets d'en vouloir à toute la nature humaine; mais il faut que cette hainelà tourne au profit de notre amour. Vous avez à vous plaindre des hommes, mon cher Téleim? Eh bien! abandonnez-les pour moi. Que je leur ai d'obligation de m' avoir cédé tous leurs droits sur vous ! Je ne les partageois qu'à regret avec eux, je vous en avertis. Concevez-vous tout mon bonheixr? Téleim n'a plus d'engagements, de devoirs, de liens; il ne tient plus aux rois, à leur cour , à d'injustes supérieurs ; tous ses moments sont à lui, et il me les donne : l'injustice des hommes l'a séparé d'eux ; il retourne à Minna, qui connoît, chérit, respecte ses vertus ; et l'estime et l'amour de Minna suffiront à sa félicité.
Où suis-je? Laissez-moi; ne m'offrez pas le