SCENE V. 2?i
c'est Cléon qui se présente devant vous, et qui a franchi des obstacles insurmontables pour se procurer le plaisir de vous voir.
ISABELLE
Vous ne pouviez me surprendre plus agréablement. Ma joie est si grande, que j'ai peine à parler; mais elle est cruellement traversée par la peur que j'ai que mon père ne vous surprenne.
CLÉON
Ne vous alarmez pas, je vous en conjure. Ce déguisement me cache si bien à ses yeux, qu'il m'a vu trop rarement pour me reconnoître en cet état.
ISABELLE
Eli ! comment avez- vous fait poiu' vous introduire céans?
CLÉON
J'ai su qu'il faisoit venir chez lui des danseurs et des musiciens. Je les ai engagés, par quelque argent, à m'y introduire, comme un de leurs camarades. J'ai cru qu'il étoit à propos que L'Epine fût de la partie , pour figurer avec moi. Jlne danse pas mal ; je m'en tire passablement bien ; et nous devons paroître l'un et l'autre dans le petit divertissement qu'on a préparé.
IN É RI NE
Eh! conunent L'Epine pourra-t-il vous secon-
a4 LE TRIPLE MARIAGE,
der? Il est si ivre qu'il ne peut pas se soutenir. l'épine.
Que cela ne vous embarrasse point. Je n'ai jamais l'esprit si présent que quand j'ai bien bu. Ma foi, j'e'tois né pour être musicien.
RÉRINE.
11 y paroît; tu t'es fort bien accommodé là-bas. ISABELLE, h Cléon.
Cet homme-là vous découvrira infailliblement. l'épin e.
Eh ! fi donc ! Est-ce que je ne sais pas bien que monsieur votre père , sauf correction , est un brutal qui ne veut pas que vous voyiez mon maître, et que mon maître a une rage d'amour qui l'oblige à vous voir, malgré monsieur votre père ? Par conséquent, il faut que mon maître vous voie, sans que monsieur votre père le voie; et moi, comme un discret confident, il faut que je vous voie tous deux, sans rien voir... Allons, mes enfants, profitons de l'occasion. Voilà la partie carrée. Faites tous deux la belle conversation, {nionlrant Nérine.') pendant que je m'amuserai avec cette friponne-là.
ISABELLE, h Cléon.
Votre valet me cause de terribles inquiétudes.
CLÉON, ^L'Epine.
Maraud ! si tu m» 'léconvrir, je te tlon-