ACTE IV, SCENE VI. i8i
Que j'ai dû, plus que vous, lui paroître charmante. Etant homme de cour, et parfait connoisseur, Il m'offense en osant me préférer ma sœur. Pour s'arracher à vous, il m'offre son hommage, Me le fait agréer; et c'est un double outrage Qui me pique à tel point que je m'en vengerai.
ARISTE
Et de quelle façon?
CÉ LIANTE
Je lui déclarerai Qu'il a parfaitement l'honneur de me déplaire.
ARISTE, riant.
il sera fort touché d'un aveu si sincère !
CÉLIANTE.
Que si c'est par dépit qu'il s'est offert à moi, C'est par dépit aussi que j'ai reçu sa foi.
ARISTE, riant.
Bon!
CÉLIANTE.
Que ma sœur, bien loin de répondre à sa flamme, Le méprise.
ARISTE
Fort bien !
CÉLIANTE.
Et qu'elle est votre femme.
ARISTE, effrayé.
J'ai des raisons encor pour cacher mon secret, Et principalement au marquis du Laurel.
Quelle obstination ! Votre oncle et votre père 1. ifi
i82 LE PHILOSOPHE MARIK.
Vpulent vous marier, est-il temps de vous taire?
A RISTE.
Sur cet article-là ne vous alarmez pas; Je trouverai moven de sortir d'embarras.
M ÉLITE
Quoi! sans vous expliquer sur notre mariage?
ARI STE
Si vous m'ohéissez, c'est à quoi je m'engage.
J'obéirai, pourvu que vous juriez aussi D'empêcher le marquis de revenir ici.
ARISTE
Moi, l'empêcher! Comment? Que pourrai-je lui dire?
M ÉLITE
Que je suis votre femme.
A R ISTE
Il n'est point de martyre Que je n'aimasse mieux mille fois endurer, Que de prendre sur moi de le lui déclarer.
M ÉLITE
Eh bien ! pour ne vous faire aucune violence. Permettez qu'au martjuis j'en fasse confidence.
AUISTE.
N'est-ce pas même chose? Kt, dès qu'il me verra...
CÉLI ANTE
^'uyez le grand ma'lheur, quand il vous raillera !
Mon cher beau-frère, autant que je puis m'v connoître,
Vous êtes marié, mais très honteux de l'être.
M ÉLITE
Prenez votre parti, le marquis vient à vous.