ACTE 111, SCENE
ISABELLE
Je n'en suis point la dupe, et cette modestie N'est, selon mon avis, (ju'un orgueil déguisé.
LE c o M T E , à Isabelle.
Madame, en vain pour vous je m'étois proposé. Mon ardeur est trop vive et trop peu circonspecte; On m'oppose un rival qu'il faut que je respecte.
ISABELLE, en souriant.
Philinte du respect veut bien vous dispenser
LE COMTE, faisant la révérence.
Il me fait trop d'honneur.
Muis, sans vous offenser.
Il a cent qualités respectables. Du reste, Plus on veut l'en convaincre, et plus il est modeste. Il se tait sur sou rang, sur sa condition.
LE COMTE
Et fait très sagement; car, sans prévention, Il auroit un peu tort de vanter sa naissance.
VALÈRE
Il est bon gentilhomme.
LE COMTE
On a la complaisance De le croire.
VA L ÈRE
Et de plus, il le prouve.
LE CO.MTE.
Ma foi , C'est tout ce qu'il peut faire. A des gens tels que moi, Ce n'est pas là-dessus que l'on en fait accroire,
393 Lïi GLORIEUX.
Et j'ose me vanter, sans me donner de gloire,
(;ar jesuis ennemi de la présomption,
Que si Philinte étoit d'une condition
Kt de quelque famille un peu considérable.
Nous n'aurions pas sur lui de dispute semblable ,
Et que bien siirement il me seroit connu.
Mais son nom jusqu'ici ne m'est pas parvenu;
Preuve que sa noblesse est de nouvelle date.
VA LÈRE
C'est ce qu'on ne dit pas dans le monde.
LE COMTE
On le flatte.
Par exemple, monsieur, vous connoissiez mon nom Avant de m'avoir vu?
VA LÈRE
Je vous jure que non.
LE COMTE
Tant pis pour vous, monsieur; car le nom deTufière Nous ne le prenons pas d'une gentilhommière. Mais d'un château fameu.K. L'histoire en cent endroits Parle de mes aïeux, et vante leurs exploits. Daignez la parcourir, vous verrez qui nous sommes. Et qu'entre mes vassaux j'ai trois cents gentilshommes. Plus nobles que Philinte.
Ah! monsieur, je le croi.
LE COMTE
Les gens de qualité le savent mieux que moi; Pour moi, je n'en dis rien; il faut être modeste.