ACTE m, SCÈNE VII. 3oi
Qu'on peut avec raison dire du mal de moi. Mais on ajoute encore, à l'égard d'Isabelle, Que vous me défendez de revenir chez elle.
LE COMTE
Voilà précisément ce que j'ai prétendu Qu'on vous dît.
PHILINTE
Je croyois avoir mal entendu.
Pourquoi?
PHILINTE
Vous exigez un cruel sacrifice, lOt je doute bien fort que je vous obéisse.
LE COMTE, d'un air railleur.
Vous en doutez, monsieur?
PHILINTE
Jamais jusqu'à ce jour Je ne me suis senti si plein de mon amour.
LE COMTE
Je vous en guérirai.
PHILINTE
Monsieur, j'en désespère.
Et j'en viens d'assurer Isabelle et sa mère.
LE COMTE, menant son chapeau.
Et vous venez me faire un pareil compliment!
PHILINTE
.\\ec confusion, mais très distinctement. La nature, envers moi moins mère que marâtre, M'a formé très rétif, et très opiniâtre, Sur-tout lorsque quelqu'un veut m'imposer la loi. I. • 26
3o» LE GLORIEUX.
LE COMTE
L'opiniâtreté ne tient point contre moi, Je vous en avertis.
PHIUNTE.
La mienne est bien mutine :
Plus on lui fait la guerre, et plus elle s'obstine; Et jamais la hauteur ne pourra la dompter.
LE COMTE
Vous êtes bien hardi de venir m'insulter! Un petit gentilhomme ose avoir cette audace?
PHILINTE
Moi , monsieur? Je vous viens demander une grâce.
LE COMTE
Et c'est?
PHILINTE
De m'accorder le plaisir et l'honneur... De me couper la gorge avec vous.
LE COMTE
La faveur Est bien grande en effet. Vous êtes téméraire; Vous vous méconnoissez : mais il faut vous complaire. L'honneur que vous avez d'être un de mes rivaux Va vous faire monter au rang de mes égaux.
PHILINTE, d'un air railleur ^ mettant ses gants. Je suis reconnoissant de cette grâce insigne, Et je vais vous prouver que mon cœur en est digne.
LE COMTE
Trêve de compliment. Moi, je vais vous prouver Que l'on court un grand risque en osant me braver. (Ils mettent Fépée à la main. )