ACTE IV, SCÈNE III. 3i
LYCANDRE.
Pour VOUS, VOUS serez, je l'espère, La consolation d'un trop malheureux père.
LISETTE
A chaque instant, monsieur, vous me parlez de lui.
Il devoit à mes yeux se montrer aujourd'hui :
Mais il ne paroît point. Vous me trompiez peut-être.
LYCANDRE.
Un peu de patience; il va bientôt paroître.
Pourquoi diffère-t-il de trop heureux moments? Que ne vient-il s'offrir à mes embrassements?
LYCANDRE.
Malgré votre bon cœur, il craint que sa présence Ne vous afflige.
LISETTE
Moi? Se peut-il qu'il le pense?
LYCA.NDRE.
Il craint que ses malheurs, trop dignes de pitié, Ne refroidissent même un peu votre amitié.
LISETTE
Ah ! qu'il me connoît mal !
LYCANDRE.
Enfin, avant qu'il vienne.
Sur sa triste aventure il veut qu'on vous prévienne. Peut-être espérez- vous le voir dans son éclat. Et vous le trouverez dans un cruel état.
LISETTE
Il m'en sera plus cher; et, loin qu'il m'importune. Il verra que mon cœur, plein de son infortune,
3i6 LE GLORIEUX.
Redoublera pour lui de tendresse et d'amour. Tout baigné de mes pleurs, avant la fin du jour Il sera possesseur du peu que je possède. Mon zèle à ses malheurs servira de remède. Je ferai tout pour lui. Si je n'ai point d'argent, J'ai de riches haljits dont on m'a fait présent;
IJe garde un diamant que m'a laissé ma mère. Je vais tout engager, tout vendre pour mon père. ,■■ Heureuse si je puis, et mille et mille fois, Lui prouver que je l'aime autant que je le dois.
Arrêtez. Laissez-moi respirer, je vous prie. Donnez quelque relâche à mon ame attendrie. Vous aimez votre père, il n'est plus malheureux.
LISETTE
Ali! puisqu'il est si lent à contenter mes voeux. Apprenez-moi quel monstre a causé sa misère.
Quel monstre?
LISETTE
Oui.
LVCANDRE.
L'orgueil... l'orgueil de votre mère:< Par son fasle , les biens se sont évanouis ; Son orgueil a causé des malheurs inouïs.
LISETTE
Et comment ?
^ LYCANDIIE. '
Une dame assez considérable, I ui ilispulant le pas dans un lieu respectable,