ACTE IV, SCÈNE [II
En reçut un affront si sanglant, si cruel, Qu elle en fit éclater un déplaisir mortel. L'époux de cette dame, enflammé de colère , Pour venger cet affront, attaqua votre père Au retour d'une chasse, et ])rit si bien son temps, Qu'ils se trouvèrent seuls pendant quelques instants. D'un trop funeste effet sa fureur fut suivie. Il vouloit se venger; il y perdit la vie. En un mot, votre père, en défendant ses jours, Tua son ennemi, mais sans autre secours Que celui de son bras armé pour sa défense. Les parents du défunt poussèrent la vengeance Jusqu'à faire passer ce malheureux combat, Pur effet du hasard, pour un assassinat. Des témoins subornés soutiennent l'imposture. On les croit. Votre père, outré de cette injure, Se défend; mais en vain. Il se cache. Aussitôt Un arrêt le condamne : et, pour fuir l'échafaud. Il passe en Angleterre, où quelques jours ensuite Votre mère devient compagne de sa fuite, Le rejoint avec vous qui sortiez du berceau; Et son orgueil puni la conduit au tombeau.
LISETTE
Ciel! que m'apprenez-vous? Ce n'est donc pas ma mère Que j'avois au couvent , et qui m'étoit si chère ?
LYCANDKE.
C'étoit votre nourrice. Elle vous ramena, Suivit exactement l'ordre que lui donna Votre père , deux ans après sa décadence , Ve venir dans ces lieux élever votre enfance,
3i8 LE GLORIEUX.
Se disant votre mère, et cachant votre nonî.
LISETTE
Mais pourquoi ce secret? et par quelle raison Me laisser ignorer de quel sang j'étois née?
Pour vous rendre modeste autant qu'infortunée, Et pour vous épargner des regrets, des douleurs. Jusqu'à ce que le ciel adoucît vos malheurs. C'est ainsi que l'avoit ordonné votre père; Et sa précaution vous étoit nécessaire.
LISETTE
Je brûle de le voir, et je tremble pour lui. Comment osera-t-il se montrer aujourd'hui, Après l'injuste arrêt?.. .
LYCANDRE.
Pendant sa longue absence , De fidèles amis, siîrs de son innocence, Et puissants à la cour, ont eu tant de succès , Qu'ils l'ont déterminée à revoir le procès; Et deux des faux témoins, prêts à perdre \a vie, Ont enfin avoué leur noire calomnie.
Votre père, caché depuis près de deux ans , Attendoit les effets de ces secours puissants. On vient de lui donner d'agréaliles nouvelles. Il touche au terme heureux de ses peines mortelles.
LISETTE
Qu'il ne s'expose point. Je crains quelque accident, Quelcjuc piège caché. N'est-il pas plus prudent Que nous l'allions chercher? Par notre diligence Prévenons ses bontés et son impatience.