‹ Chefs-d'œuvre dramatiques (volume 2)Chapitre 53 sur 233 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

ARISTE, en robe de chambre.

Oui, tout m'attache ici ; j'y goûte avec plaisir Les charmes peu connus d'un innocent loisir ; J'y vis tranquille, heureux, à l'abri de l'envie : La folle ambition n'y trouble point ma vie; Content d'une fortune égale ù mes souhaits. J'y sens tous mes désirs pleinement satisfaits. Je suis seul en ce lieu, sans être solitaire, Et toujours occupé, sans avoir rien à faire. D'un travail sérieux veus-je me délasser. Les muses aussitôt viennent m'y caresser. Je ne contracte point, grâce à leur badinage. D'un savant orgueilleux l'air farouche et sauvage.

J'ai mille courtisans rangés autour de moi :

Ma retraite est mon Louvre, et j'y commande en roi.

Mais je n'use qu'ici de mon pouvoir suprême.

Hors de mon cabinet je ne suis plus le même.

Dans l'autre appartement, toujours contrarié:

Ici je suis garçon , là je suis marié... i

Marié... C'est en vain que l'on se fortifie,

Par le grave secours de la philosophie.

Contre un sexe charmant que l'on voudroit braver;

Au sein de la sagesse il sait nous captiver :

J'en ai fait, malgré moi, l'épreuve malheureuse.

Mais ma femme, après tout, est sage et vertueuse;

Plus amant que mari , je possède son cœur;

Elle fait son plaisir de faire mon bonheur.

Pourquoi contre l'hymen est-ce que je déclame?

Ma 4'inine est tout aimable ; oui , mais elle est ma femme.

En elle j'aperçois des défauts chaque jour,

Qu'elle avoit, avec art, cachés à mon amour.

Sexe aimable et trompeur! c'est avec cette adresse

Que vous savez des cœurs surprendre la tendresse.

Insensé que j'étois! ai-je dû présumer

Que le ciel pour moi seul eût pris soin de former

Ce qu'on ne vit jamais, une femme accomplie?

Je l'ai cru cependant, et j'ai fait la folie. >

C'est à moi, si je puis, d'éviter tous débats;

De prendre patience, et d'enrager bien bas.

( // se met à lire, le coude appuyé sur la table, en sorte

que Damon entre sans être aperçu, et s'appuie sur le fauteuil (Curiste. Ensuite Ariste dit par reflexion , e^

toujours sans le voir : )

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