‹ Chefs-d'œuvre dramatiques (volume 2)Chapitre 68 sur 233 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

C É Ll A N T E , FINETTE.

CÉLI ANTE

Le marquis du Laurel va venir?

FINETTE

Oui, madame.

CÉLl ANTE.

Crois-tu qu'il m'aime?

FINETTE

Non.

CÉLI ANTE

Dan.s II- l'diid de mon amc J'en suis au désespoir.

FINETTE

Ohl je n'en douti' pas.

La'plus rare beauté n'a pour lui nul appas.

CÉLI ANTE

c'est ce qui me feroit souhaiter sa concpiéte ; Et j'en viendrois à bout, si je l'avois en tête. ll est un certain art, que je sais à ravir, Pour fixer un tel homme et pour se l'asservir.

FINETTE

Je VOUS conseille donc de tenter l'aventure.

CÉlI ANTE.

Parles-tu tout de bon? ^

FIN ETTE

Sans doute.

Je te jure Que bientôt de mes veux il sentira les coups. Je veux dès aujourd'hui le voir à mes genoux.

FINETTE

S'il vous aime une fois, à quoi tend l'entreprise?

CÉLI A .NT E

A lui dire pour lors que mon cœur le méprise?

Qu'un grand bien , cent aïeux , un haut rang dans l'état,

Ne peuvent m'imposer à la suite d'un fat.

FINETTE

Pour f;it, il ne l'est point. C'est un homme qui pense

Que le parfait bonheur est dans l'indifférence :

Du reste, auprès du sexe il est respectueux.

Et se feroit aimer, s'il ëtoil amoureux.

Mais je veux qu'il soit tel que vous le voulez croire ;

Je trouverois pour vous encore plus de gloire

A vous lassujettir, à l'aimer tout de bon ,

Qu'à vous sacrifier à votre beau Damou.

C'est l'ancien confident, c'est l'ami de mon maître;

Vous l'aimez. Cependant, si je puis m'y connoître,

Vous prétendez en faire un mari complaisant.

En ce cas, le marquis vous conviendroit autant :

Les gens de qualité suivent toujours la mode ;

To8 LE PHILOSOPHE MARIÉ.

Et tout homme de cour doit être époux commode.

Voilà l'essentiel. Qu'im[)ortc qu'un mari

Soit fat, s'il vous permet d avoir un favori?

CÉ LIANTE

Mais, au fond , tu dis vrai.

FINETTE

Comment! Je vous étale Tout ce qu'on peut prêcher de plus fine morale. Kompez avec Damon : j'insiste sur ce point; K'étant pas gentilhomme, il ne vous convient point ;

Tu te trompes, Finette; et, malgré l'apparence, Mon cœur me dit qu'il est d'une illustre naissance, Et que, par des raisons que nous saurons un jour...

FIN ETTE

Ah ! voilà justement de vos romans d'amour. Pour moi, je le connois. Sa tendresse empressée K'est que le pur effet d'une ame intéressée. Une tante, en mourant, \ous a laissé des biens Dont il espère un jour rehausser ses moyens. Voilà ce qui le rend si soumis, si facile : ^lais osei l'épouser, il sera moins docile.

J'entre dans tes raisons, et je les applaudis; Je me suis dit cent fois tout ce que tu me dis. Depuis plus de deux ans , avec un soin extrême , J'élude mon penchant, et le combats moi-même; J'ai maltraité souvent un amant trop aimé ; Contre lui mon orgueil s'est hautement armé ; Enfin , pour me «juurir, je me suis exilée:

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