ACTE I, SCÈNE V. ïù
l'avoue; cependant il n'est pas inévitable. Léandre, je vous aime plus que jamais , et je vous jure que je n'aimerai et n'épouserai jamais que vous. Voilà le premier point de mon discours.
LOLIVE.
Venons au second.
ANGÉLIQUE
Monsieur des Masures arrive aujourd'hui pour m' épouser ; et moi, j'ai deux moyens pour éviter ce malheur.
LOLIVE.
Primo?
De le dégoûter de ma personne, et de le forcer à rompre ses engagements.
LOLIVE.
Fort bien. Secundo?
ANGÉLIQUE
Dé me sauver d'ici par la petite porte du jardin dont j'ai la clef, et de m'aller jeter dans un couvent, si le premier expédient ne réussit pas.
LÉANDRE
Eh ! comment pourriez-vous réussir à dégoûter de vous mon rival ? Gela est impossible , vous êtes trop parfaite.
ANGÉLIQUE
Ne vous aveuglez point, et laissez-moi faire \
mais il faut que de votre côté vous travailliez adroitement à faire revenir ma mère de ses préjugés pour lui.
LOLIVE.
Nous avons déjà concerté différents moyens pour cela.
ANGÉLIQUE
Je connois à fond le personnage qu'on me destine. C'est un provincial très fat , qui a la folie de se croire le plus grand génie de l'univers , et qui s'est mis en tête qu'une fille n'a de mérite qu'autant qu'elle a de science et d'esprit. Mon dessein est d'avoir au plus tôt quelques conversations particulières avec lui, et d'y affecter tant de naïveté, d'ignorance et de bêtise, qu'il ne puisse pas me souffrir.
LÉANDRE
Rien n'est mieux imaginé. D'ailleurs il ne sera pas édifié des discours que nous lui tiendrons Lolive et moi; et nous nous promettons...
ANGÉLIQUE
Paix ! voici ma petite sœur.