ACTE I, SCÈNE II
g or ju, en souriant.
Je crois que vous grondez?
SANSPAIR.
Oui , je gronde , et bien fort.
gorju.
Qu'avez-vous donc, monsieur?
sanspair, fièrement.
Ce n'est pas votre affaire.
GORJU-
On veille jour et nuit pour tâcher de vous plaire.
Je tourmente vos gens, je les tiens toujours prêts.
Tous vos ordres ici sont comme des arrêts
Dont on n'appelle point, et qu'on suit à la lettre,
Tout singuliers qu'ils sont, sans jamais se permettre
De les interpréter, ni tarder un instant:
Et malgré tous nos soins vous êtes mécontent?
SANSPAIR.
Très mécontent.
GORJU
Monsieur, souffrez que je vous dise... sanspair, dun ton absolu.
Taisez- vous.
GORJU
J'obéis. Mais quelle est ma surprise î ( à part. ) Comment un si bon maître a-t-il changé d'humeur? Qu'est devenue, ô ciel! sa bonté, sa douceur?
sanspair, durement.
Que dites-vous?
23o L'HOMME SINGULIER
GORJU
Je dis... Je me parle à moi-même
SANSPAIR.
De quoi vous parlez- vous?
GORJU
De ma surprise extrême.
SANSPAIR.
Mais qui peut la causer?
gorju, attendri.
Le ton que vous prenez :
Il me perce le cœur. Je m'en vais.
sanspair, dun ton doux.
Revenez.
Quoi! vous n'avez pas tort?
GQRJU.
Non, monsieur, je vous jure
SANSPAIR.
Vous verrez que c'est moi.
GORJU
Suivant ma conjecture, Si vous avez raison , j'ai tort certainement; Mais, si je n'ai pas tort... Il faut qu'en ce moment Quelque souci secret vous trouble et vous alarme; Car, quand vous vous fâchez, un seul mot vous désarme La moindre excuse est bonne. Aujourd'hui vous grondez Sans vouloir écouter.
SANSPAIR.
Et vous, vous me frondez, Parceque je suis las d'appeler tout mon monde, Sans que personne vienne , ou tout au moins réponde.