ACTE I, SCENE II
GORJU
Vous en jugez, monsieur, bien témérairement.
Les femmes d'aujourd'hui sont-elles autrement? Dites-moi : trouverois-je une femme prudente, Sage, spirituelle, éclairée, amusante, Et qui sût à propos ou se taire ou parler, Qui me convînt enfin?
GORJU
A ne vous rien celer, Vous trouverez par-tout d'agréables parleuses ; Mais si vous en cherchez qui soient silencieuses, A moins que ce ne soit par quinte ou par humeur, y©us chercherez long-temps, monsieur, sur mon honneur. Et de plus, vous voulez une femme savante : Ne vaudroit-il pas mieux quelle fût ignorante?
SANSPAIR.
Mon ami , l'ignorante ignore son devoir,
Et peut s'en écarter sans s'en apercevoir :
La savante, au contraire, en connoît l'étendue;
Sa science est pour elle une garde assidue :
Son esprit s'élevant aux sublimes objets
S'occupe tout entier des plus graves sujets;
Et, loin qu'aux séducteurs il soit prompt à se rendre,
Jusqu'aux plaisirs permis il a peine à descendre.
GORJU
Et j'ai ouï dire, moi, par des gens bien sensés...
SANSPAIR.
Par des sots, mon ami. Je pense, et vous pensez;
Mais dans mes sentiments je diffère des vôtres.
GORJU
Oh ! je le sais, monsieur.
SANSPAIR.
Vous pensez d'après d'autres.
Et moi d'après moi seul.
GORJU
Oh! rien n'est plus certain.
SANSPAIR.
On vient Qui peut venir me parler si matin?
GORJU
« : est le nouveau laquais.