‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 157 sur 326 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

Car elle est haute, vaine, et tout son enjouement N'a pu la garantir de quelque entêtement; Du moins je le soupçonne. Et...

LE MARQUIS

Ma fille, au contraire, N'a d'autres volontés que celles de son père; Aussi, c'est un esprit sage, prématuré, Profond même.

SANSPAIR.

Profond !

LE MARQUIS

Elle a tout pénétré.

Croiriez- vous qu'à son âge elle est physicienne? Et, pour dire encor plus, grande newtonienne? Newton, à son avis, est un divin esprit; Et Descartes chez elle a perdu tout crédit. Que ne sait-elle point? Prodige de mémoire, Elle possède à fond chronologie, histoire, Géographie; écrit tant en prose qu'en vers; Et parle également vingt langages divers.

SANSPAIR.

Il faut vous l'avouer, la peinture est charmante. Quelle femme, grand dieu! Belle, sage, et savante! Et dites-moi, marquis, la remariez-vous?

LE MARQUIS

Oui. Je trouve pour elle un fort aimable époux, Bien fait, jeune, assez riche, et de haute naissance.

sanspair, vivement.

Avez-vous tout de bon conclu cette alliance?

LE MARQUIS

Il ne tiendra qu'à moi. Le marquis de Beausang Étant un bon parti par son bien, par son rang...

SANSPAIR..

Beausang ! C'est mon neveu.

LE MARQUIS

Votre neveu !

SANSPAIR.

Lui-même.

Eh! ne puis-je savoir si. votre fille l'aime?

A vous dire le vrai, je ne le sais pas bien. Quand je le lui propose , elle ne répond rien : Mais, qu'elle l'aime ou non, l'affaire est résolue, Et, comme elle convient, sera bientôt conclue.

SANSPAIR.

Voisin, il ne faut point tyranniser un ccaur.

LE MARQUIS

Bon!

SANSPAIR.

Si vous m'en croyez...

LE MARQUIS

Je ne suis pas d'humeur A recevoir la loi d'une jeune cervelle.

SANSPAIR.

Votre fille est si sage...

LE MARQUIS

Oh ! je le suis plus qu'elle, Et veux absolument conclure dès ce soir. Je m'en vais l'avertir; elle viendra vous voir.

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