ACTE 1, SCENE IV. 24t
Moins j'aurai de pareils, et plus j'aurai raison. Vouloir me réformer, c'est prodiguer sa peiue.
LE MARQUIS
Aussi n'est-ce pas là le sujet qui m'amène.
SANSPAIR.
Qu'est-ce donc? Auriez-vous quelque motif secret?...
LE MARQUIS
Non, monsieur. Il s'agit seulement d'un portrait Qui m'intéresse fort, ainsi que ma famille.
SANSPAIR. i
D'un portrait? Et de qui?
LE MARQUIS
C'est celui de ma fille.
SANSPAIR.
De votre fille? O ciel! ai-je bien entendu?
LE MARQUIS
Oui , monsieur.
SANSPAIR.
Soyez sûr qu'il vous sera rendu.
J'y compte, et vous pouvez à l'instant me le rendre.
SANSPAIR.
Celle qui l'a perdu doit venir le reprendre.
Je vous crois honnête homme , et je n'en doute point ;
Mais vous me permettrez d'insister sur ce point :
C'est la condition que mon affiche impose;
Elle est essentielle, et j'en sais bien la cause.
LE MARQUIS
Essentielle ou non , il faut s'y conformer. Mais le marquis d'Arbois, puisqu'il faut me nommer, 2. 21
a/p L'HOMME SINGULIER.
Sembloit digne, à mon sens, de plus de confiance.
SANSPAIR.
Je vous crois; mais en tout j'aime l'expérience. Nous nous connoîtrons mieux; c'est mon intention. Daignez donc vous prêter à ma précaution ; Elle est juste : au public je l'ai signifiée.
LE MARQUIS
Il est vrai.
sanspair, après avoir un peu rêvé.
Votre fille est-elle mariée ?
LE MARQUIS
Elle a vécu deux ans avec un vieux mari , Qui, malgré son grand âge, en étoit fort chéri ; Depuis quatorze mois ma fille le regrette, Toute jeune qu'elle est, quoique belle et bien faite.
SANSPAIR.
Le trait est tout nouveau. Mais, marquis, entre nous. Pourquoi l'aviez- vous mise avec un vieux époux?
LE MARQUIS
Parce qu'en nos pays le plus riche héritage Aux filles de son rang ne laisse aucun partage; Il faut donc les cloîtrer, ou les marier mal.
SANSPAIR.
J'ai toujours détesté tout partage inégal. Je suis en même cas. J'ai d'immenses richesses, Dont je veux à ma sœur faire quelques largesses Pour la doter, malgré notre droit inhumain, Pourvu qu'elle reçoive un époux de ma main. C'est un de mes cousins à qui je la destine ; Mais à le refuser cette folle s'obstine :