ACTE 11, SCÈNE I
Mais on aime le fonds en riant des manières. Et d'ailleurs les grands biens qu'il destine pour vous.
JULIE
Mais il veut de sa main me donner un époux; Et quel époux, Lisette! Un grossier personnage, Un brutal campagnard, dont l'air et le langage, L'esprit, les sentiments, semblent se disputer L'honneur de me déplaire, et de me dégoûter.
Le succès est complet.
JOLIE
Il est vrai , je l'abhorre.
Ah! qu'il est différent de celui que j'adore! Car, il faut l'avouer, j'en suis folle; et mon cœur..,
LISETTE
Oui, le comte d'Arbois est un joli seigneur; Mais c'est un petit-maître , et jamais votre frère Ne s'accommodera d'un pareil caractère.
Tout homme du bel air est son aversion.
JULIE
Et pour moi le bel air est la perfection.
Vois si je puis aimer l'homme qu'on me destine.
LISETTE
Voilà belle matière à votre humeur mutine; Elle risquera tout pour le comte d'Arbois.
JULIE
Oui.
LISETTE
Mais si votre frère , entêté de son choix, Vous force à l'accepter?
a5(i L'HOMME SINGULIER.
J UL1E
Oh! je connois mon frère; Il est bon. En tout cas, je fuirai chez ma mère ; J'irai la retrouver.
Elle vous blâmera, Je vous le garantis, et vous ramènera.
JULIE
Eh bien donc ! un couvent me servira d'asile.
LISETTE
Quel asile pour vous !
JULIE
Oui, j'y vivrai tranquille; Mon cœur y sera libre.
LISETTE
O triste liberté!
Que bientôt votre cœur en sera rebuté ! Allez, je vous connois; et vous n'êtes point faite Pour trouver des douceurs au fond d'une retraite; Vous y mourriez d'ennuis. Un cruel repentir ' Vous feroit désirer ardemment d'en sortir; Et vous éprouveriez bientôt, je vous assure, Qu'un sot mari vaut mieux qu'une étroite clôture. Vous rêvez.
JULIE
Il est vrai. Tes discours me font peur.
LISETTE
Vous voyez que je lis au fond de votre cœur.
JULIE
Mais enfin dis-moi donc quel parti je dois prendre.